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Simone de Beauvoir est née le 9 janvier 1908, dans un appartement cossu du boulevard Raspail. Toute son enfance sera marquée par le fait d'être une femme : son père espérait avoir un fils pour en faire un polytechnicien. D'ailleurs, il répète à Simone "tu as un cerveau d'homme". Lui qui suit des cours d’art dramatique (il est par ailleurs avocat, mais aussi comédien amateur), donne à sa famille le goût du théâtre et de la littérature. Dès l’adolescence, Simone de Beauvoir formulait l’exigence qui l’annonce tout entière : exister et écrire. Ainsi, à 15 ans, la jeune Simone a déjà fait son choix : elle sera écrivain. Elle conquiert contre son milieu bourgeois une autonomie rare pour une femme de sa génération. Adolescente, elle tient son journal, témoin de son difficile combat pour l’autonomie. Jusqu’au baccalauréat, elle est bonne élève dans un cours privé, où elle fait connaissance de sa grande amie, Elisabeth Lacoin, dite Zaza. Elle obtient de nombreux diplômes : licences de littérature, grec, latin, philosophie, mathématiques, et développe une passion pour la philosophie. Elle entre à la faculté de lettres de l’université de Paris, où elle rencontre d'autres intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre. Une relation mythique se nouera entre eux, dès cette époque, que seule la mort rompra. Elle sera son « amour nécessaire » en opposition aux « amours contingentes » qu’ils seront amenés à connaître tous deux. Sartre est reçu premier à l'agrégation à la deuxième tentative, Simone de Beauvoir remportant la seconde place (le classement étant à l’époque séparé entre filles et garçons). Dès l'agrégation en 1929, Simone de Beauvoir est professeur de philosophie. Elle enseignera à Rouen, alors que Jean-Paul Sartre (qui la surnomme Castor parce que son nom est proche de l'anglais beaver) passera quelques années au lycée du Havre. Peu avant la Seconde guerre mondiale, le couple Sartre-Beauvoir est muté à Paris. Quand prime le spirituel (d’abord intitulé Primauté du spirituel), est écrit entre 35 et 37, mais, refusé par Gallimard et Grasset, il ne paraîtra qu’en 1979. C’est L'invitée, livre publié en 1943, que l’on doit considérer comme son véritable début littéraire. Elle y décrit, à travers des personnages imaginaires, sa relation entre Sartre, Olga et elle-même. Viennent ensuite Le sang des Autres (1945), Tous les hommes sont mortels (1946). Les Mandarins, roman qui lui vaut le Prix Goncourt en 1954, lui a demandé quatre ans de travail. C’est une évocation des espoirs, des illusions perdues, des Français de l’après-guerre, de 1945 à 1948. Les Belles images (1966) et La Femme rompue (1968) paraissent ensuite. Avec Sartre, Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty et quelques autres intellectuels, elle fonde le journal Les Temps modernes qui a pour but de faire connaître l'existentialisme à travers la littérature contemporaine. Elle écrit plusieurs romans et essais dans lesquels elle aborde son engagement pour le communisme, l’athéisme, l’existentialisme. Elle voyage dans de nombreux pays, notamment en Chine, en Russie, à Cuba et aux Etats-Unis, et fait la connaissance aussi bien de Mao Tsé-Toung, Fidel Castro, Che Guevara ou Richard Wright, ainsi que Nelson Algren, avec lequel elle engage une relation passionnée. Elle échangera plus de 300 lettres avec l’écrivain américain. Elle a raconté certains de ses voyages dans L’Amérique au jour le jour (1948) et La Longue marche (1957). En 1949, elle obtient la consécration en publiant Le Deuxième Sexe, devenu l’ouvrage référent du mouvement féministe mondial. Le livre se vend à plus de 20 000 exemplaires dès la première semaine, mais fait scandale : le Vatican l’interdit, des articles contradictoires (pour et contre) sont publiés, François Mauriac se déchaîne, même Camus lui reproche d’avoir ridiculisé le mâle français ! Son analyse de la condition féminine à travers les mythes, les civilisations, les religions, l'anatomie et les traditions fait scandale, et tout particulièrement le chapitre où elle parle de la maternité et de l’avortement, assimilé à un homicide à cette époque. Quant au mariage, elle le considère comme une institution bourgeoise aussi répugnante que la prostitution lorsque la femme est sous la domination de son mari et ne peut en échapper. « Une impressionnante série de grands voyages, privés ou semi-officiels, la mène dans le monde entier, dont certains fournissent la matière de nouvelles œuvres. Car le dépaysement ne signifie pas pour elle le renoncement à l’écriture. Au contraire, couler en mots le vécu lui permet d’échapper aux pièges du tourisme mystificateur, qui occulte sous des images convenues la réalité des peuples opprimés ». ( in Simone de Beauvoir, écrire la liberté). L’œuvre théorique de Simone de Beauvoir comprend de nombreux essais philosophiques ou polémiques, tel Pour une morale de l’ambiguïté (1947), Privilèges (1955, réédité dans la collection « Idées » sous le titre du premier article, Faut-il brûler Sade ?) et La Vieillesse (1970). Elle a écrit pour le théâtre Les Bouches inutiles (1945). « J’avais envie de parler de personne à personne ». À partir de 1958, elle entreprend son autobiographie où elle décrit son milieu bourgeois rempli de préjugés et de traditions avilissantes et les efforts pour en sortir en dépit de sa condition de femme. Elle décrit aussi sa relation avec Sartre. Vont paraître successivement jusqu’en 1972, Mémoires d’une jeune fille rangée, La Force de l’âge, La Force des choses, Tout compte fait. En 1964, elle publie Une mort très douce qui retrace la mort de sa mère. D'après Sartre, c'est son meilleur écrit, dans lequel elle aborde l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie. Dans cette épreuve de deuil, elle est soutenue par une jeune fille dont elle a fait la connaissance à la même époque : Sylvie Le Bon, jeune étudiante en philosophie. La relation qui unit les deux femmes est obscure : relation « mère-fille », « amicale », ou « amoureuse »... Simone de Beauvoir déclare dans Tout compte fait, son quatrième tome autobiographique, que cette relation est semblable à celle qui l'unissait à Zaza cinquante ans plus tôt. Sylvie Le Bon devient sa fille adoptive et héritière de son œuvre littéraire et de l'ensemble de ses biens. Simone de Beauvoir ne cesse de se radicaliser. Dans une France en pleine mutation, elle va concentrer ses efforts militants sur le sort des femmes. Elle accepte en 1971 de signer un manifeste, le Manifeste des 343, dans lequel autant de femmes déclarent publiquement avoir avorté, que se soit exact ou non, se mettant en tout cas délibérément sous le coup de la loi. Son influence, associée à celles de Gisèle Halimi et d’Elisabeth Badinter, a été décisive pour obtenir la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la guerre d’Algérie et le droit à l’avortement. Elle préside l’association Choisir en 1972, dont le rôle a été déterminant pour la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Durant toute sa vie, elle a étudié le monde dans lequel elle vivait, en visitant usines et institutions, à la rencontre d'ouvrières et de hauts dirigeants politiques. Après la mort de Jean-Paul Sartre en 1980 (« la dernière manif de 68 » pour Claude Lanzmann), elle publie La Cérémonie des adieux, puis Les Lettres au Castor (1983) qui rassemblent une bonne partie de l’abondante correspondance qu’elle reçut de lui. En 1983, elle reçoit le prix Sonning, considéré comme le Nobel danois, et réalise le désir de repartir en Amérique. Elle fera ainsi plusieurs voyages encore, avant de s’éteindre le 14 avril 1986. une phrase d’Elisabeth Badinter barre la une du Nouvel Observateur : « Femmes, vous lui devez tout ! » Epistolière passionnée, elle a laissé de nombreuses correspondances dont certaines sont publiées : Lettres à Sartre, Lettres à Nelson Algren ou encore Correspondance croisée avec Jacques-Laurent Bost. « Le fait est que je suis une femme écrivain : une femme écrivain, ce n’est pas une femme d’intérieur qui écrit mais quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture. Cette vie en vaut bien une autre. Elle a ses raisons, son ordre, ses fins, auxquels il faut ne rien comprendre pour la juger extravagante. » (La Force des choses, 1963). « Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterais. » « On ne naît pas femme, on le devient ». Ils ont écrit sur Simone de Beauvoir : Danièle Sallenave : Castor de guerre (Gallimard, 2008) 25€ Geneviève Fraisse : Le privilège de Simone de Beauvoir (Actes Sud, 2008) 13€ Alice Schwarzer : Entretiens avec Simone de Beauvoir (Mercure de France, 2008) 18€ Jean-Luc Moreau : Simone de Beauvoir : le goût d’une vie (Ecriture, 2008) 22€ Jacques Deguy et Sylvie Le Bon de Beauvoir : Simone de Beauvoir : écrire la liberté (Gallimard, Découvertes 2008) 12,50€ Guillaume Moricourt : Simone de Beauvoir : l’envers du mythe (éd. J. Picollec, 2007) 23€ Marianne Stjepanovic-Pauly : Simone de Beauvoir : une femme engagée (éd. du Jasmin, 2007) 16€ Huguette Bouchardeau : Simone de Beauvoir, biographie (Flammarion, 2007) 22€ Claude Francis et Fernande Gontier : Simone de Beauvoir (Perrin, 2007) 21.50€ Bernadette Costa-Prades : Simone de Beauvoir (M. Sell éditeurs, 2007) 12€ Claudine Monteil : Simone de Beauvoir, côté femme : les 50 plus belles histoires (Timée-Editions, 2007) 13,50€ Michel Kail : Simone de Beauvoir philosophe (PUF, 2006) 12€. Hazel Rowley : Tête-à-tête – Beauvoir et Sartre, un pacte d’amour (Grasset, 2006). Ingrid Galster : Beauvoir dans tous ses états (Tallandier, 2007) 25€ Sous la direction d’Ingrid Galster : Simone de Beauvoir, le deuxième sexe : le livre fondateur du féminisme moderne en situation (H. Champion éditeur, 2004) 55€ Elisabeth Lacoin : Zaza : 1907-1929, amie de Simone de Beauvoir : correspondance et carnets de Elisabeth Lacoin (L’Harmattan, 2004) L’œuvre de Simone de Beauvoir : L’invitée (1943) Le Sang des autres (1945) Les Bouches inutiles (1945, théâtre) Tous les hommes sont mortels (1946) Les Mandarins (prix Goncourt, 1954) Les Belles images (1966) La femme rompue (1968) Quand prime le spirituel (écrit en 1938 sous le titre Primauté du spirituel, refusé puis édité en 1979, et réédité en 2006 sous Anne, ou quand prime le spirituel). Essais Pyrrhus et Cinéas (1944) L’Existentialisme et la Sagesse des nations (1945) Pour une morale de l’ambiguïté (1947) Le Deuxième sexe (1949) Privilèges (1955), repris en 1972 sous le titre Faut-il brûler Sade ? La longue marche (1957) La vieillesse (1970) Mémoires L’Amérique au jour le jour (1948) Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) La force de l’âge (1960) La force des choses (1963) Une mort très douce (1964) Tout compte fait (1972) La cérémonie des adieux suivi de Entretiens avec Jean-Paul Sartre (août-septembre 1974) (1981) Journal de guerre (1990) Lettres à Sartre, tome 1 et 2 (1990) Lettres à Nelson Algren, un amour transatlantique, 1947-1964 (1997) Correspondance croisée, Simone de Beauvoir – Jacques-Laurent Bost 1937-1940 (2004) Cahiers de jeunesse, 1926-1930 (2008).
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