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L’été des libraires 2009 : Un monde à livre ouvert.


Du réel au fictif, du rêve à la réalité, un monde multiple s’ouvre sous vos yeux, un voyaghe planétaire en quinze stations et quelques milliers de pages. Voici une quinzaine de livres que les libraires ont aimé et qu’ils ne veulent pas laisser sur le bord de la route ni voir sombrer dans l’oubli.

Sous le patronage du Centre National du Livre et du Syndicat de la Librairie française.

Valentine Goby : Qui touche à mon corps je le tue (Gallimard).

1943, une faiseuse d’anges vouée à la guillotine, son bourreau et Lucie, la femme avortée. De l’aube à l’aube du jour suivant, ces trois personnages liés par le sang regardent leur destin en face, soufflent le chaud et le froid, questionnent le bien et le mal.

Dans ce cinquième livre, Valentine Goby poursuit son œuvre singulièrement touchante et poétique, et offre à ses contemporains un hymne à la liberté et au droit de disposer de son corps.

Marie-Sabine Roger : La tête en friche (Le Rouergue).

Germain, 110 kilos de balourdise et des cals aux mains, voit d’un mauvais œil ceux qui causent « tout en guirlande et poils de cul ». Pas littéraire pour deux sous donc, il fond  comme neige au soleil devant Marguerite, qui va s’employer à le polir aux angles en lui lisant des livres à voix haute.

Voici un roman qui pétille d’intelligence, d’humour et d’une forme décomplexée de sagesse. Marie-Sabine Roger distille un optimisme et une émotion qui agissent comme un baume.

Julie Wolkenstein : L’excuse (POL).

Dans un futur proche, Lise vieillit seule dans la grande demeure de Cap Code léguée par Nick, son amant à présent disparu. La solitude la projette au temps de sa jeunesse dorée et met à jour de curieuses correspondances entre sa vie et le tissu romanesque de Portrait de femme de Henry James.

Grave et radieux, L’excuse se joue des frontières entre réel et fiction, et compose avec élégance un jeu de rôles et de miroirs en hommage au grand James.

Christian Oster : Trois hommes seuls (Editions de Minuit).

Il a suffit que Marie, son ex, invite Serge en Corse pour quelques jours, avec quelqu’un s’il voulait, pour que le ronron de sa petite vie en prenne un coup. Il en parle à Marc, vague connaissance du club de tennis, qui lui-même en touche deux mots à un troisième type, un inconnu. En plus, il faut caser la chaise que Marie lui réclame.

Trois hommes dans une voiture, sans parler de la chaise, tel est le motif burlesque et existentiel de ce nouvel opus ostérien, à la fois huis-clos et road novel hasardeux. Un délice.

Yanick Lahens : La couleur de l’aube (Sabine Wespieser éditeur).

A l’instar des sortilèges du Vaudou, La couleur de l’aube capture le lecteur et le conduit en Haïti, aujourd’hui. Le réalisme de l’écriture de Yanick Lahens et son incandescence enveloppent le lecteur de sa colère et de son formidable appétit de vie. On pense aux grands noms de la littérature des Caraïbes : Césaire, Glissant et Chamoiseau, mais aussi à l’incomparable Toni Morisson.

On se dit surtout qu’on vient de lire un roman inoubliable. 

Patrice Pluyette : La traversée du Mozambique par temps calme (Seuil).

Et hop, tout un petit monde loufoque embarque avec le capitaine Belalcazar à la conquête d’un trésor Inca au Pérou. Et puis, très vite, tout part en eau de boudin, l’expédition devient une vraie galère sous les hourras des lecteurs hilares !

Sans Mozambique mais avec bonne humeur, Patrice Pluyette exagère, plume le roman d’aventure et pille des trésors d’écriture qui lui seul connaît. Un enchantement.

Maya Angelou : Tant que je serai noire (Les Allusifs)

Si vous cherchez une source de lumière en ces temps de crise, plongez entre les pages de ce livre de vie ! Maya Angelou est une figure centrale de la lutte pour les droits civiques. Artiste et intellectuelle, elle côtoie Martin Luther King et James Baldwin. Elle se bat pour son peuple et pour les femmes, ne baisse jamais les bras, se frotte au monde si rugueux. Un livre solaire porté par la sincérité d’une plume combative.

Sasa Stanisic : Le soldat et le gramophone (Stock).

Tout le monde s’en souvient. C’était hier, en Yougoslavie, une guerre terrible à deux pas, qui rendit si palpable la mauvaise conscience occidentale… Le jeune Sasa Stanisic use de son expérience pour transcender la catastrophe. Avec la matière crépusculaire du drame, il forge un récit d’une rare vivacité, magique et méditatif, parfois d’une stupéfiante drôlerie. Un texte hardi, une irréductible jeunesse. 

Hanif Kureishi : Quelque chose à te dire (Christian Bourgois éditeur).

Jamal, 50 ans, psychanalyste, est parvenu à l’âge cruel des inventaires, des souvenirs lancinants. Alors – comme s’il l’avait invoqué – le passé un temps refoulé ressurgit dans son existence.

Hanif Kureishi possède ce magnétisme romanesque très particulier, mélange de lucidité et de tendresse, qui nous rend ses personnages si proches. Souvent drôle, toujours profond, il déploie avec brio quarante ans d’histoire sociale anglaise. 

Zoyâ Pirzâd : Un jour avant Pâques (Zulma).

Dans une petit communauté arménienne d’Iran, la vie suit son cours. Les sentiments prennent les couleurs des saisons. Le narrateur court les chemins avec Tahereh, sa copine musulmane. Par petites touches, il nous font découvrir leur monde, avant de grandir.

Ce livre au charme tenace s’enracine dans une réalité iranienne au cosmopolitisme étonnant. Zoyâ Pirzâd ensorcelle avec nue simplicité déconcertante. 

Evelio Rosero : Les armées (Métailié).

A San José, petite ville colombienne, la vie est précaire, toujours soumise aux contingences de conflits incompréhensibles. Le vieil Ismaël commente la barbarie à l’œuvre avec l’ironie colérique que seul confère le dégoût des différentes factions qui se disputent les ruines de ce paradis sacrifié. La tragi-comédie d’Evelio Rosero ne cède jamais à la facilité et délivre avec force son message pacifique.

Ma Jian : Beijing coma (Flammarion)

Dai Wei gît inerte sur un grabat en fer. Blessé à la tête sur la place Tienanmen lors de l’occupation sauvagement réprimée par Deng Xiaoping, il poursuit la lutte dans le labyrinthe de son coma. Avec verve, inventivité et un certain humour désabusé, Ma Jian revisite le passé récent d’une Chine en proie à la colère et au désir de liberté et de justice, mais qui ne reçut comme réponse que la brutalité d’une dictature féroce. Captivant.

Fabrizio Gatti : Bilal sur la route des clandestins (Liana Lévi).

Du rêve – d’une vie meilleure – au cauchemar, il n’y a qu’un pas ou plutôt des milliers de pas et de larmes pour arriver sur une terre plus vraiment promise. L’Europe est devenue une citadelle presque imprenable pour ces Africains qui, s’ils parviennent à braver les épreuves, se retrouvent bien souvent dans un camp de rétention en Italie ou ailleurs. L’intrépide journaliste Fabrizio Gatti a fait le voyage, clandestin parmi les clandestins, pour nous faire vivre cette aventure pour le moins insensée : l’immigration. Un document essentiel.

Jacques Rancière : Le spectateur émancipé (La Fabrique)

Le spectateur et l’artiste entretiennent de drôles de relations. Le second jugeant le premier trop passif, vaguement crétin, il aurait tendance à le transformer en acteur car c’est bien connu, « celui qui voit ne sait pas voir ». Dans cet ensemble d’articles raffinés et homogènes, le philosophe renverse un certain nombre d’idées reçues et apporte avec sa vigueur habituelle un nouvel et intense éclairage sur notre relation aux œuvres d’art.

Majid Rahnema : La puissance des pauvres (Actes Sud).

Le pauvre ne se réduit pas à sa seule pauvreté, nous dit l’Iranien Majid Rahnema. Il nous demande de faire une différence majeure : la misère relève d’un manque du nécessaire, tandis que la pauvreté d’un défaut du superflu, dont le capitalisme marchand a fait ses choux gras. Rahnema oppose à notre modèle de développement économique un regard original basé sur de longues et minutieuses observations. Il rompt avec le principe de comparaison entre les types de pauvreté et nous incite à désirer mieux plutôt que plus. Un ouvrage riche et solide.

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