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Lignes de faille

Lignes de faille

Nancy Huston

Actes Sud

  • par (Libraire)
    23 avril 2019

    « On ne guérit jamais de son enfance » disait Gaston Bachelard. Le roman de Nancy Huston le démontre magistralement. Continuant d’affronter ses propres blessures livre à livre, l’auteur de la sublime Empreinte de l’Ange nous plonge ici dans un récit généalogique : quatre voix d’enfants, quatre époques, tous liés par un même parent. Tour à tour chacun des protagonistes nous livre leur quotidien, mêlé d’interrogations, de doutes et d’espoir. Au fur et à mesure l’étau se resserre jusqu’au dénouement final, lumineux comme une épiphanie… Dans une langue d’une sensibilité à fleur de peau, Nancy Huston nous offre ici l’un de ses romans les plus aboutis, nous guidant dans les méandres des récits familiaux, là où tout s’est noué, là où tout a commencé et fini, et où de là tout commence.


  • 24 janvier 2015

    Secret de famille

    4 voix d'enfants, 4 époques. Tous ont un lien de parenté, tous nous raconte un ou plusieurs jours de leur enfance avec leurs questions, leurs doutes, leurs espoirs.

    L'auteure remonte le temps avec chaque membre de cette famille, nous laissant découvrir leurs liens, ou plutôt, parfois, leur absence de liens.

    Arrivée à la fin du roman, j'ai eu envie de le reprendre pour l'éclairer de la révélation des dernières pages. Et en effet, tout s'éclaire.

    Me voici donc devenue une fan de l'auteure qui sait me surprendre à chaque roman. Son style est fluide, et ses propos toujours profond.

    L'image que je retiendrai :

    Celle des gros grains de beauté que chaque enfant de la famille découvre sur son corps, et qui deviennent des talismans.

    http://motamots.canalblog.com/archives/2015/01/15/30587311.html


  • 24 février 2012

    Une construction romanesque très singulière: quatre chapitres pour quatre portraits d'enfants, remontant la ligne d'un arbre généalogique, des membres d'une même famille l'année de leurs six ans. Quatre enfants se racontent, de fils en pères ou de filles en mères, et nous décrivent leur entourage.

    Deux petits garçons (Sol 2004 et Randall 1982)et deux petites filles(Sadie 1962 et Kristina 1944) qui de drame en drame, vont nous faire traverser à rebours 60 ans d'histoire familiale et mondiale.

    Suivant le fil d'un naevus qui se transmet de génération en génération, le récit nous conduit en Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale, où Kristina, l'arrière grand-mère de Sol, nous délivre la clé de voûte, le lourd secret de famille.

    J'ai très vite été absorbée par ce roman polyphonique même si parfois la maturité de Solomon me perturbait du haut de ses six ans.

    "En les écoutant je repense à cette idée de théâtre et me demande si au fond les gens ne passent pas leur temps à jouer des rôles, non seulement lors des mariages mais tout au long de leur existence" Sadie


  • 21 mars 2011

    Sol, 2004, Californie. Randall, 1982, New York et Haïfa. Sadie, 1962, Toronto. Kristina, 1944 et 1945, Allemagne. Ces quatre personnages ont six ans et sont les échelons d'un chemin à rebours du temps. Kristina est la mère de Sadie, elle-même mère de Randallqui est le père de Sol. Du haut de leur enfance, ils racontent leur vie et leurs rapports avec leurs parents et grands-parents. Cette famille se construit autour de silences, de secrets percés à jour et de douleurs qui s'héritent. Ces enfants ont des images puissantes de leur personne. Si Sol se voit lumineux et intouchable, Sadiese sent cernée par l'Ennemi et contrainte à la perfection et à la flagellation pour connaître le bonheur. D'une génération à l'autre, un grain de beauté, qui se niche un peu partout, atteste de la véracité du lien qui unit les quatre personnages. Chaque enfant connaît sa guerre, intimement ou pas : Irak, Liban, Allemagne sont les théâtres des terreurs et rêves enfantins.

    Une fracture béante inaugure la lignée. Kristina, ou quel que soit son prénom, vient de nulle part. Les parents qu'on lui connaît ne sont pas les siens. Si Kristina a décidé de se libérer de ce manque, Sadie s'acharne à creuser la faille plus profond. Ce qu'elle met au jour est un des épisodes les plus méconnus de la seconde guerre mondiale, un épisode à ajouter à l'horreur qui déborde déjà. Kristina est une enfant volée en Ukraine: la perfection de ses traits, conformes au type aryen, faisait d'elle une candidate idéale pour repeupler l'Allemagne nazie décimée. Kristina a sublimé la douleur en devenant une chanteuse mondialement reconnue. Sadie expie le passé en étudiant et enseignant avec acharnement la question du Mal. Randall choisit de se battre en retrait et participe à l'effort de guerre américain en créant un nouveau soldat parfait. Sol, en bout de ligne, a tous les choix. Mais chez lui, la marque de famille est dangereuse : inscrite sur son visage, elle témoigne d'une douleur et d'un secret qu'il n'est plus possible de taire.

    Je suis partagée à la fin de cette lecture. La construction du récit est intelligente et ménage les révélations. Chaque enfant tire sur le fil de la vérité et dévide un peu plus la bobine. Les épisodes s'achèvent toujours sur une découverte dont on pressent qu'elle est majeure. Mais au bord de la faille, la vérité se dérobe et il faut repartir à la rencontre d'un nouvel enfant. Le récit est mené successivement par chaque personnage : entre famille et terreur, ils se construisent un monde régi par des rites et des croyances censés conjurer le mauvais sort. Quand le cérémonial échoue, c'est la vie qui bascule et la parole passe à la génération précédente.

    Mais je n'ai pas été convaincue par le langage des personnages. Ils ont tous six ans et, aussi doués soient-ils, il est invraisemblable qu'ils s'expriment ainsi. Ces personnages d'enfants ne sont pas crédibles. C'est dommage, car le sujet est intéressant et bien traité. Il ne tombe pas dans le macabre et ne dénonce pas vainement les méfaits de l'Allemagne nazie. Nancy Huston expose une situation et ses conséquences trois générations plus tard. Il aurait fallu adapter le langage aux personnages ou les penser plus âgés. L'émotion peine à sourdre des pages. Les révélations sont terribles et bouleversantes. Le regard innocent de l'enfant qui ne sait pas qu'il a ouvert une porte avait toutes les chances d'accroître l'émotion, mais pour moi, rien n'y a fait, les formes d'expression des personnages ont endigué le sentiment.