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La Maison

La Maison

Emma Becker

Flammarion

  • par (Libraire)
    7 janvier 2020

    Conversation intime

    Un récit qui m'a beaucoup touché. Sur les thèmes des femmes et des hommes, du désir, de la sexualité, de la prostitution. Un récit sincère, parfois crû bien sûr, mais sans vulgarité (ce n'est pas un livre racoleur), sans hypocrisie avec un regard amoureux posé sur "les putes". C'est un livre qui soulève plein de questions sur un sujet assez tabou.
    Le style d'Emma Becker avec ses digressions apporte une forme d'intimité, comme une conversation avec une amie qui vous raconterait un voyage, une expérience. Sensible et instructif.

    Vanessa


  • par (Libraire)
    26 octobre 2019

    Ce roman remet le sexe à sa juste place. Il peut choquer, déranger. Certains passages sont hilarants. Il n’est pas cru, il est vrai. C’est un vrai mille-feuille qu’on croque en découvrant peu à peu toutes les facettes du monde des filles. Un vrai texte littéraire très fin, au-delà de l’enquête et du récit "vécu". Et cela peut paraître curieux mais il est presque une reprise de pouvoir féminine sur le sexe.
    Sophie, lectrice de la rentrée littéraire


  • par (Libraire)
    14 octobre 2019

    À 25 ans, Emma Becker a décidé de travailler dans une maison close à Berlin, où elles sont autorisées – contrairement à la France - et considérées comme un "service public". Elle a d’abord passé deux semaines au Manège, un bordel plutôt sordide avant de se mettre au service d’un lieu plus accueillant et chaleureux, La Maison, pendant trois années. Elle affirme "J’ai été heureuse à la maison". On la croit en la lisant.
    Emma Becker a fait des études littéraires à la Sorbonne et a lu Calaferte. Elle sait écrire et écrire bien et beau. À La Maison, elle devient Justine pour nous introduire dans ce lieu interdit et dresser une galerie de portraits tout à fait romantique. Elle met de la distance pour ne pas raconter la vie vie concrète des prostituées et l’esthétique de son écriture cache ce qui pourrait être glauque et indécent. Elle raconte le côté jouissif et positif du métier. La réalité est-elle vraiment ainsi ? Où alors, ça l’est dans certaines maisons closes allemandes, dans ce "bordel bourgeois".
    Les femmes de La Maison ne semblent pas victimes. Ce sont "des femmes qui sont vraiment des femmes, qui ne sont vraiment que ça", qui ont choisi ce métier qu’elles exercent au mieux, avec des clients qu’elles choisissent parfois, jouant avec leur désir et simulant le leur - bien qu’elles l’éprouvent parfois réellement car "Enfin (…) on ne parle pas de robots" , ayant des gestes d’amour pour des hommes qui en manquent, qui sont seuls, qui ont une sexualité pauvre.
    Emma Becker aborde par plusieurs angles la question de la sexualité simpliste des hommes qui vont au bordel "c’est facile de faire jouir un homme", et de la sexualité des prostituées : pourquoi font-elles ce métier ? Comment être prostituée et en couple "Peu importe combien de fois on baise avec d’autres, et peu importent les raisons, lorsqu’on le fait avec celui qui compte c’est comme revenir au port". Qu’est-ce qui leur procure de la jouissance : "Elle avait oublié le frisson qu’il y a à regarder un homme qui vous regarde et ne sait pas s’il vous aura. Qui l’espère. Qui prend son élan, tapi dans l’ombre" dit Justine à propos de Hildie qui va la nuit dans un parc, à la rencontre d’un homme qu’elle a choisi mais qu’elle ne connaît pas. Ces femmes "puissantes" sont des actrices, dit-elle "Potentiellement les plus grandes actrices. Une pute qui te donnerait l’impression de la posséder vraiment, une pute qui te ferait oublier ce qu’elle t’a coûté, c’est la quintessence de l’actrice, il n’en faut pas d’autre"

    Ce livre est intriguant et dérangeant par la démarche volontaire de l’auteure, par le respect qu’elle manifeste à l’égard des "putes" de La Maison, par la complicité qu’elle a avec elles, par la dignité qu’elle leur donne. C’est un livre sur les femmes et sur les hommes, plein d’humanité. Et c’est de la littérature, car ce qu’elle raconte est moins important que la façon dont elle le raconte, que sa belle écriture à l’esthétique fort élégante.


  • 16 septembre 2019

    Prostitution

    "J’ai toujours cru que j’écrivais sur les hommes. Avant de m’apercevoir que je n’écris que sur les femmes. Sur le fait d’en être une."

    Dans ce dernier roman (mais s’agit-il d’un roman ou d’un récit ?) l’auteure parle d’une profession bien particulière : la prostituée, celle qui officie en maison close en Allemagne.

    Á Berlin, la narratrice commence son métier dans une maison pleine de jeunes filles de l’est rivée à leur smartphone en attendant le client. Mais cela ne lui convient pas.

    Elle trouve alors La maison où chaque femme est libre de venir travailler ou pas, de refuser un client, de disparaître sans laisser d’adresse.

    "Il est vrai que la situation des prostituées est différentes en France, mais j’ai apprécié son analyse. Ce métier en appelle à la capacité des femmes à perdre leurs repères et à les retrouver tels qu’ils étaient à la même place" (p.241).

    "Cette maison représente un endroit sur terre où ces femmes sont adorées, convoitées, réputées, flattées comme d’adorables despotes, (…) jalousées et acceptées (…). Et c’est peut-être exactement le nœud du problème" (p.249)

    "Peut-être que le jour où on offrira aux femmes des boulots convenablement payés, elles n’auront plus l’idée de baisser leur culotte pour compléter leurs fins de mois "(p.255).

    "Le bordel est la part d’humilité inexorable de la société, l’homme et la femme réduits à leur plus stricte vérité – de la chair" (p.356)

    Elle m’a fait rire parfois, comme lorsque Paulette, archétype de l’Allemande, arrive au milieu de filles ukrainiennes.

    J’ai été frappé par le rapport au temps de ces femmes qui attendent beaucoup. Parfois avec leurs camarades, parfois seules face à leur téléphone.

    On sent dans ces pages, que la narratrice y a trouvé son bonheur pendant 2 ans. Et c’est là le principal.

    L’image que je retiendrai :

    Celle des beaux jours d’été à Berlin, à croire qu’il n’y a pas d’hiver.

    https://alexmotamots.fr/la-maison-emma-becker/


  • par (Libraire)
    3 septembre 2019

    Sulfureux!


    Ce roman est une immersion dans une maison close à Berlin. L’auteur, fascinée par le monde de la prostitution a voulu écrire sur ces femmes et il lui semblait naturel pour mieux comprendre cet univers, de devenir l’une d’elles et donc de vendre son corps. Ce livre est une véritable enquête sociologique, une plongée au cœur du désir, des fantasmes, de la psyché de ces hommes et de ces femmes. Un ouvrage sur la sororité, la fragilité masculine, la sexualité, le rôle de la prostituée dans la société. Comme le fit Maupassant pour Boule de Suif ou Zola avec Nana à leur époque, Emma Becker décrit le bordel de l’intérieur, et nous raconte sa propre expérience avec talent. Passionnant !!!


  • par (Libraire)
    27 août 2019

    Un livre dérangeant

    En intégrant une maison close à Berlin, la jeune écrivaine Emma Becker poursuit sa quête de compréhension de la mécanique sexuelle des femmes. Et des hommes. Dérangeant et incendiaire.

    « Ce n’est ni un caprice ni une fantaisie d’écrire sur les putes, c’est une nécessité. C’est le début de tout. Il faudrait écrire sur les putes avant que de pouvoir parler des femmes, ou d’amour, de vie ou de survie ». Cette phrase glissée au milieu de ce gros livre dit tout de son objet. Emma Becker, jeune écrivaine de 31 ans, auteure déjà de deux romans et vivant à Berlin a décidé de parler de ces maisons closes dont elle dit que « ce sont des lieux où ce sont les femmes qui gouvernent ». Elle décide donc de rejoindre une maison close berlinoise pour ce qui devait être une année, et dura finalement deux ans et demi.

    Pour son troisième roman la part autobiographique est indéniable ce que Emma Becker confirme: « L’écriture est à mon sens un second temps de l’expérience, une plongée au coeur de cette expérience, pour en éprouver toutes les dimensions. Je n’ai jamais pu vivre quoi que ce soit sans être déjà en train de l’écrire, simultanément ». Admirative de Calaferte cherchant à décrire « La Mécanique des Femmes », elle veut à son tour décrire la Mécanique des Hommes.

    Ces deux années, elle va les passer dans deux maisons closes. Deux semaines d’abord au « Manège » où elle découvre ce qu’il y a, à ses yeux de pire dans la prostitution, et dont elle décrit les tares, avant de partir pour « La Maison », un bordel bourgeois. On rentre avec elle dans ce lieu, totalement réglementé en Allemagne. On découvre les locaux, les modalités de fonctionnement, les tarifs, mais pourtant le lecteur ne se trouve jamais en situation de visiteur ou de voyeur. Le sujet principal est ailleurs. Ici c’est toute la sexualité qui est intellectualisée comme si Emma se regardait ou regardait son client en train de faire l’amour pour comprendre les mécanismes du plaisir. Comme si la compréhension de l’acte était plus importante que l’acte lui même. Les longues heures perdues à attendre, l’ennui laisse le temps à l’écrivaine de regarder le comportement de ses voisines, leur motivation, leurs envies, leur lassitude. Le peu de relations entre elles lui permet de deviner, d’imaginer. Ce livre n’est donc pas une enquête sur les maisons closes mais une introspection.
    A travers de très beaux portraits elle cherche à comprendre cette sexualité féminine tellement plus complexe que celle, bête et mécanique des hommes. Pourquoi se prostituer? Comment séparer l’affect du sexe? Quelle vie affective et sexuelle en dehors du bordel? Quand et pourquoi jouit on réellement?
    En miroir de cette sexualité décortiquée, auscultée, épiée, le livre raconte aussi bien entendu celle des hommes, montrée comme une simple mécanique répondant essentiellement à des nécessités hormonales. Pas de portraits de pervers, pas de répertoires de pratiques bizarres. Le client qui a fait le plus peur l’écrivaine ne l’a pas touchée, lui demandant simplement d’inhaler des rails de coke avec lui. L’érotisme semble propre à la femme et l’on découvre à la fin de l’ouvrage avec gourmandise les pages quand Emma essaie de s’imaginer en homme, mais un corps d’homme en gardant son cerveau de femme.
    On ressort de cet ouvrage un peu éreinté. Parfois porté par de belles pages quand le sexe et l’amour s’associent. Parfois lesté de tristesse quand le sexe tarifé est glauque et mécanique. Un livre probablement incandescent quand il défend la légalisation des maisons closes. Un livre indéniablement libre. Mais un livre dérangeant.

    Eric


  • par (Libraire)
    22 août 2019

    Qu’il est ardu de faire le tri entre la réalité et la fiction dans cet ouvrage… Tellement ardu que le.a lecteur.rice préfère rapidement abandonner l’exercice pour se concentrer sur l’écriture de l’autrice et les nombreuses péripéties qui jalonnent le roman…
    Un livre audacieux qui propose un regard à la fois neuf et nostalgique sur le milieu de la prostitution en Allemagne.


  • par (Libraire)
    22 août 2019

    révélation rentrée littéraire!

    Le thème de ce roman pourrait choquer, rebuter ou diviser … En effet, il est question de prostitution, de sexe, de corps mais taratata pas de chichi, inutile de se voiler la face, c’est un fait, ça existe, c’est même le plus vieux métier du monde si l’on en croit l’adage !
    Et puis la force de la littérature ne réside-t-elle pas dans sa capacité à tout dire mais à le dire bien ? Si tel est le cas, alors le contrat est respecté ! Pour commencer, sachez que vous allez rire à gorge déployée autour de certaines scènes cocasses. Et derrière ces rires, Emma Becker donne matière à réflexion. Inévitablement, vous allez vous interroger et repenser votre rapport à « ce milieu-là », à ces femmes, aux rapports entre les hommes et les femmes de manière générale. Au fond, ce n’est pas un livre sur la prostitution, c’est un livre sur les hommes et les femmes, c’est un livre qui aime les corps et les âmes qu’ils soient beaux, abîmés, pervertis. Il y a moins d’amour et d’humanité dans les romans qui se revendiquent comme tels que dans ce roman où une femme fait la pute…


  • par (Libraire)
    27 juillet 2019

    Déplacer le regard

    L'auteure tire le récit de ses deux ans d'expérience comme prostituée dans une maison close berlinoise. Elle dresse le portrait des lieux, des pièces de cette maison et celui de ses « soeurs » prostituées qu'elle côtoie et des hommes qui la fréquente, décrivant ainsi de nombreuses scènes sexuelles dans un langage cru, explicite, sans hypocrisie ni vulgarité, certaines scènes pouvant choquer. Si la narratrice se fait parfois polémiste, c'est avant tout et surtout le regard qu'elle porte sur les lieux et les autres qui fait la richesse de la narration. C'est un texte sur le désir et la sexualité qui tire bien des fils, interroge, provoque également, loin des idées préconçues et toutes faites que l'on pourrait avoir sur ces sujets. Lire « La Maison »  c'est probablement déplacer son regard sur la question de la prostitution.