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Raison et sentiments

Raison et sentiments

Jane Austen

10-18

  • 31 mars 2016

    Il y a bien sûr de nombreux points communs entre "Raison et Sentiments" et "Orgueil et Préjugés" (je ne le dirais qu'entre parenthèse et pourtant, pour moi, c'est loin d'en être une, j'aime tellement les titres anglais que leurs traductions françaises me semblent terriblement fades) puisque le thème central de tous les romans de Jane, c'est la place des femmes dans la société à la fin du XIXe siècle. Elinor, Marianne et Margaret sont trois soeurs qui sont chassées de Norland, la maison de leur enfance, par le frère aîné qui hérite, comme c'était le cas à l'époque. Mère et filles s'éloignent donc, ne pouvant compter sur la générosité du frère. Ce sont de lointaines connaissances qui leur viendront en aide. Marianne est une jeune femme romantique, pleine d'idées toutes faites. Pour elle on ne peut aimer deux fois, ce qui est d'autant plus stupide qu'elle est le fruit d'un second mariage heureux. Quand elle tombe amoureuse de Willoughby, chasseur hors-pair, de gibier mais aussi, comme elle ne le sait pas, de jupons, elle se donne à corps perdu à son amour. Elinor est la voix de la raison, ce qui ne l'empêche de tomber amoureuse d'Edward, héritier potentiel puisque premier fils d'une fratrie.

    Si j'aime "Orgueil et Préjugés" pour l'humour que Jane Austen sait manier, j'aime ce roman-ci pour sa construction et pour son jeu des doubles. Les sœurs qui s'opposent mais font face aux mêmes difficultés, les fratries qui sont traitées par paires. Si Darcy et M.Bennet rendraient les hommes plus sympathiques (même si, en y réfléchissant bien, M. Bennet est un personnage qui se moque de sa femme mais qui est très passif), ce premier roman de Jane Austen ne les épargne pas. Le seul personnage masculin qui trouve grâce à mes yeux par sa flamboyance est Willoughby, le coureur de jupon et de dot, pour qui Elinor ressent malgré tout une certaine affection. Les autres sont plutôt fades. Et j'aime le traitement assez original du droit à une seconde chance, ce qui un sujet assez rare dans la littérature supposée romantique. Jane Austen est pour moi une vraie auteure féministe, comme le sera un peu plus tard de l'autre côté de la Manche, Edith Wharton, c'est à dire une femme qui dénonce l'inégalité sociale entre les sexes. A noter que ce roman fut publié sous le pseudonyme de "A lady".