Votre librairie disponible 24/24 h

Librairie La Galerne - 148, rue Victor Hugo - 76600 Le Havre

02 35 43 22 52

Eireann Yvon

http://eireann561.canalblog.com/

Amoureux de la lecture et de la Bretagne, j'ai fait au hasard des salons littéraires de la région beaucoup de connaissances, auteurs ou lecteurs.
Vous trouverez mes chroniques ici :
http://eireann561.canalblog.com/
A bientôt.
Yvon

Au-dessous du calvaire
5 juin 2010

Epuration et vengeance !

Épuration et vengeance!
Je n'ai pas quand j'écris l'ouverture de ma chronique, encore lu ce livre, j'ai juste regardé le quatrième de couverture. Je pense qu'il fallait du courage et du recul vis à vis de l'Histoire pour écrire ces lignes. En gardant en tête que pour quelques brebis égarées, des centaines de bretons rejoignirent l'Angleterre au péril de leur vie.
Nous sommes à Huelgoat dans le Finistère, le 5 mai 1969. Corentin Kermanac'h sort de prison, il y était depuis la fin de la guerre. Après une visite à sa soeur et à son mari, il part pour une vengeance lentement mûrie.
Retour en arrière : Loqueffret avril 1944. Naïg descend du car, elle était partie à la ville, Carhaix, quatre ans auparavant.

Elle retrouve ses cinq frères tous célibataires ; ils exploitent ensemble la ferme familiale.
Certains ont été exemptés du service obligatoire, il faut bien nourrir les civils. D'autres se sont évadés d'Allemagne comme Mathias. Noul (Noël), le dernier déficient mental, n'a jamais quitté les environs. L'arrivée des troupes allemandes va bouleverser la vie de tous. Chacun réagira à sa manière, mesurée ou violente, mais tous en porteront des séquelles.
Corentin Kermanac'h semble être le patriarche de la fratrie, il serait plutôt pacifiste et tente de calmer ses frères. Alexis et Noul n'ont pas d'opinion, Alexis est un travailleur sans beaucoup de cervelle et Noul lui est "retardé" et ne survit que grâce à ses frères.
Blaise est démobilisé grâce à la complaisance de l'armée allemande, avec d'autres bretons qui ont accepté (ou feint d'accepter) de collaborer avec l'ennemi. Son retour ne plaît pas à tout le monde, en particulier à Mathias, qui lui est un membre important des réseaux de résistance. La conduite de Blaise le révolte et leurs querelles s'enveniment.
Naïg à Carhaix était amoureuse d'Erwin, jeune allemand qui vivait chez ses employeurs, ceux-ci ont disparu, emmenés par la Gestapo et Erwin envoyé sur le front.
Suzanne Guermeur, maîtresse de Corentin, est une femme jeune encore, mariée à un handicapé, ancien partisan de Pétain.
Le père Castric est notoirement un curé collaborateur, très proche de la Gestapo et au courant de bien des secrets d'alcôves ou autres. Un général allemand "Celtoman" jusqu'à l'absurde et un proxénète parisien donnent une touche d'exotisme à ce récit.
Les acteurs sont en place, la campagne bretonne semble calme. Ce n'est qu'apparence, le drame peut commencer. Les troupes alliées poursuivent leur progression et l'armée allemande, son repli vers Lorient.
Je trouve chez Jaouen, comme chez tous les grands écrivains bretons, une pudeur, qui rend le récit très intimiste, surtout dans des écrits plus polémistes comme celui là. L'écrivain se veut neutre et y réussit parfaitement.
Comme si on était, nous lecteurs, des invités tolérés mais à qui il est demandé de ne pas juger les causes de cette périodes de l'Histoire.
Une écriture non pas différente de celle de ses romans policiers, mais plus secrète, plus basée sur des petits gestes de la vie de tous les jours de gens qui seront dépassés par des événements extérieurs à leur monde.

Les enfants de la nuit
3 juin 2010

Nuit noire !

De cet auteur irlandais, je me rappelle avoir lu (sans en parler) il y a quelques années « Irlande , un roman ». Je suis donc relativement étonné de voir que cette nouvelle parution est étiquetée « Thrillers ». Pourquoi pas après tout? Malgré que nous soyons loin de sa production habituelle!
Nicholas Newnan, architecte anglais renommé, se remet difficilement du meurtre de sa maîtresse, Madeleine, assassinée trois ans auparavant. Femme mystérieuse, elle a toujours su préserver son passé de toutes les questions de son amant.
Dans un hôtel suisse, Nicholas fait la connaissance d'un couple de riches hongrois qui lui présente des photos de leur villa italienne, et sur un de ces clichés, il reconnaît une Tour Eiffel en améthyste, seul objet volé chez Madeleine.

Alors pour lui commence une époque troublée. Il est en effet victime de plusieurs faits qui ne semblent pas avoir de lien ensemble. Son shampoing est remplacé par de l'acide, ses comptes en banque vidés, son appartement cambriolé, ses effets personnels et meubles ravagés, et lui est sauvagement agressé et gravement brûlé.
Une femme, Annette, lui dit que les causes de la mort de Madeleine sont à rechercher dans le passé. Un homme, Lukas, lui remet des dossiers qui pourraient l'aider à connaître l'histoire de Madeleine, remontant à la dernière guerre et à une mystérieuse expérience « L'institut familial » dans un camp d'extermination, et plus tard à la création d'un club de quatre femmes nommé « Les Améthystes ». Madeleine en faisait partie et elle a été massacrée, puis une seconde à Venise et la troisième en Grèce.....
Nicholas est une des rares personnes à avoir connu intimement une de ces femmes, alors une sorte de complot se dessine autour de lui pour qu'il accepte de rencontrer la dernière survivante....
Beaucoup de personnages, trop je dirais, ce qui fait qu'il est souvent difficile de s'y retrouver entre les hommes et femmes de maintenant et ceux du temps passé.
Nicholas Newman, qui est le narrateur de ce récit, semble toujours ballotté entre plusieurs solutions qui ne sont pas les siennes, mais celles suggérées par son entourage. Il est aussi hanté par la mort de Madeleine, mais aussi par le suicide de son frère et une enfance pas des plus heureuses.
Madeleine Herbstone est l'instigatrice de la mort en marche. Etant amoureuse de Nicholas ou du moins en ayant une relation amoureuse avec lui, elle rompt une sorte de malédiction.
Le couple Ikar, Freddie et Gretta, semble les coupables idéaux, lui au passé trouble, elle à l'avenir incertain, commettant allègrement l'adultère, mais elle en fait beaucoup trop dans ses déclamations amoureuses!
L'inspecteur principal Christian est le personnage antipathique de ce livre avec son côté bourru et franc du collier. Ses collègues italiens et grecs sont eux plus agréables, surtout le docteur Pantkratikos qui sert de bouée de sauvetage à Nicholas en étant joignable à tout moment.
Lucas Waterman est la mémoire de ces femmes rescapées de l'enfer, Elizabeth Bentley pousse le narrateur au delà de lui même, sorte de grande sœur, faute de mieux.
Une très belle écriture et un livre intéressant se déroulant sur deux époques, une enquête criminelle contemporaine et une plongée dans l' horreur des expérimentations nazies.
Quelques petites remarques : cet ouvrage est un peu long à mon goût et la déclaration d'amoureuse transie de Gretta à Nicholas est plutôt hors sujet. Par contre l'intrigue est très élaborée et le dénouement très inattendu, mais il se fait attendre et n'est pas exempt de certaines invraisemblances. Je préfère le Frank Delaney irlandais au Frank Delaney, auteur de thrillers, mais cela n'engage que moi.
Une note personnelle pour finir, il y a dans mes lectures des coïncidences étranges.
-Je portais un costume bronze sur une chemise en soie gris boutonnée au col et des mocassins noir John Lobb.
Déjà Robin Cook dans « Rue obscène » parlait de ce célèbre bottier chez qui j'ai fait une partie de ma carrière professionnelle! Cela ne nous rajeunit pas.

Un bon Dieu pour les ivrognes / histoires, histoires
31 mai 2010

Pas toujours !

Je ne connaissais pas Hervé Bellec avant de le voir au salon du livre de Guidel, il y a quelques temps. Donc je commence par ce recueil de nouvelles situées dans la cité du Ponant et dans ses environs.
Baptiste se rappelle son arrivée à Brest, mis en pension par ses parents, le voyage en train avec des matelots fumeurs et buveurs de bière, les années de tristesse, puis une fille un soir....
La seconde nouvelle pourrait s'intituler "Elle est partie ma Kiki"
ou la vue d'un slip de coton va raviver des souvenirs chez un homme qui reste seul avec sa chatte, et dont la tentative d'aventure sexuelle a complètement foiré cette nuit là.

Dans la nouvelle qui donne son titre au livre, on suit les changements d'un quartier brestois au travers de la vie de la place Guérin et d'un de ses débits de boissons. Les choses changent, pas forcement en bien. Les quartiers perdent leurs âmes et leurs commerces et même leurs bistrots.
Dans d'autres écrits, même la "Celtitude" a ses limites, puis une belle histoire de manuscrit sans nom laissé par une femme anonyme. Un récit qui ressemble à une légende revisitée termine ce recueil.
Un personnage récurrent, Baptiste, que nous suivons dans son monde et sur plusieurs années. Des marginaux laissés pour compte de la société, un monde complètement déshumanisé et sans merci, hantent également ce livre.
La solitude et l'ennui, la vie que l'on voudrait meilleure, les chances que l'on laisse passer, les promesses non tenues sont la trame de toutes ces histoires. Deux garçons et une fille enceinte, mais aucun des deux n'est le père, ils seront plus que les parrains.
Pourquoi, parfois j'ai l'impression que ce livre parle de moi en particulier dans "New-York,New-York", alors que je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville.
Une écriture de qualité dans sa simplicité, de belles descriptions des tourments de tous les jours, les amours souvent de passage, les copains qui partent et ne reviennent pas toujours. Une mélancolie bien bretonne par moment, toujours ponctuée d'éclairs d'un humour féroce mais qui, moi, me plaît énormément. Je pense avoir pris un abonnement avec cet écrivain. Ses références littéraires (Kérouac, Youenn Gwernig) et musicales étant en plus très bonnes, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin! Un grand bonheur!

Chat sauvage en chute libre
25 mai 2010

Personnage sans nom.

Personnage sans nom.
Auteur est né en 1938, Colin Johnson de son vrai nom, ce livre datant de 1965 est son premier roman.
Il entre dans un orphelinat catholique à l'âge de six ans et en sort à seize. Il est un des premiers auteurs d'origine aborigène de la littérature australienne pour ne pas dire le premier. L'auteur prend d'entrée le parti de ne pas nommer le personnage principal, qui restera « Je »
L'histoire commence à la sortie de prison du narrateur. Durant son séjour derrière les barreaux, ce jeune métis révolté connaîtra l'isolement et les brimades. Il revient sur son enfance, père blanc décédé, mère aborigène et les problèmes que cela comporte, en particulier une grande solitude et un rejet des deux communautés.

A la suite d'un vol, il est envoyé à neuf ans dans un institut spécialisé, d'où il essayera de s'enfuir, sans grand succès.
La sortie de prison est aussi une épreuve, et une remise en cause de sa vie et de son avenir. Sur une plage il rencontre June, jeune et belle étudiante, qui l'invite à l'université le lendemain. Il peut aussi retrouver son ancienne bande, il s'y essaie, boit et passe la nuit avec Denise. Mais au matin, le vide et la gueule de bois sont ses premières impressions de la liberté.
Le personnage principal, métis de père blanc, ignoré par les uns et les autres. Pas assez blanc pour les uns, trop blanc pour les autres, mis à l'écart par les étudiants et les blousons noirs de l'époque. Un coté petit dur, agaçant dans son rôle un peu surfait de voyou désabusé, ne croyant plus en rien. L'aspect rebelle à tout prix ne m'a jamais inspiré, le fait de poser ses pieds sur une banquette et de fumer dans un endroit où c'est défendu n'a jamais fait avancer une cause quelconque. Sa mère voudrait vivre avec les blancs, comme les blancs, mais son mariage n'est pas une raison suffisante pour cela, pas plus que l'estime que leur porte Monsieur Willy, vieil homme blanc. Elle est par contre très dédaigneuse avec certains des autres enfants des environs venant des tribus noongars, qu'elle accuse de tous les vices, pratiquant ainsi une sorte de racisme envers cette minorité ethnique.
Denise, copine de nuits fortement alcoolisées, June, étudiante en psychologie, Dorian, peintre prétentieux, Jeff, ami d'enfance et un vieil oncle aborigène sont des personnages qui passent rapidement dans ce récit.
Un livre très intéressant, car en plus de parler de la sortie de prison d'un homme qui est un genre littéraire assez courant, Brendan Behan pour appartenance à l'I.R.A. ou les américains Ed Buncker ou Chester Himes, l'autre attrait de ce récit est la place des aborigènes dans la société australienne, et leur longue exclusion. C'est à mon goût l'aspect le plus important de ce livre, car il présente une réflexion sur la société australienne dans les années 1960 avant que certaines lois en faveur des aborigènes fassent changer un peu les choses et redonnent une certaine fierté aux premiers habitants de ce vaste pays.
Une préface de Tom Thompson et une postface de Stephen Mueke sont très utiles pour situer l'importance de ce livre dans l'histoire de la littérature australienne. Dans cet ouvrage, l'ordre chronologique est très aléatoire, ce qui rend la lecture un peu ardue.
Plusieurs choses à remarquer, une « Playliste » musicale avant la quatrième de couverture, car la musique est très présente d'Elvis Presley à Nina Simone. Le narrateur à sa sortie de prison achète « En attendant Godot » de Samuel Beckett dont il cite parfois des dialogues.
Le problème de la littérature militante est que le monde change, et la question est de savoir quelle est l'impact de ce livre plus de quarante ans après? Un récit qui ressemble à un documentaire un peu daté, même si à l’époque il a sûrement contribué à faire bouger les choses.

Simone Le Moigne, peindre et revivre

peindre et revivre

Siloë

21 mai 2010

Ur wech e oa *

La peinture étant une de mes passions, la vie et l'œuvre de cette Bretonne ne pouvaient me laisser indifférent. Peintre autodidacte, elle est née en 1911 à Magoar, situé sur la commune de Glomel dans ce que ses habitants nomment le Kreiz Breizh, la Bretagne Intérieure.

Ce livre est divisé en cinq parties relatant la vie de l'artiste, (mot que je n'aime pas trop, mais qui, dans ce cas, est le meilleur que j'ai trouvé). Il est abondamment illustré de photos, de reproductions de tableaux et d'extraits de courrier.
Après une enfance dure, mais c'était le lot de l'époque et de la campagne bretonne, Simone en mille neuf cent trente cinq se marie ; le proverbe dit « Pour le pire ou le meilleur ». Ici c'est souvent le pire, même si c'est évoqué avec beaucoup de pudeur.
La vie d'une femme et ses aléas à la fin de la guerre, l’exil, les exils, devrais-je dire, la Beauce, Paris entrecoupé de retours en Bretagne. La naissance des enfants, les problèmes de couple et le divorce, la santé qui décline.

Et comme dit le titre « Revivre grâce à la peinture » , Simone Le Moigne commence à peindre sérieusement en 1968, elle a alors 57 ans. En 1971, sa patronne lui conseille de s'y consacrer à plein temps ; un an plus tard, elle expose pour la première fois. Suite à cette décision, sa vie bascule dans un sens nouveau. Elle peut enfin peindre pour elle-même et ne s'en prive pas. Petit à petit, la reconnaissance est au rendez-vous. Elle voyage non plus pour trouver du travail, mais par plaisir, au gré des expositions et des vernissages.

Elle définit sa peinture ainsi :
-Je ferme les yeux et le tableau est dans ma tête .
La Bretagne de son enfance passe de la tête à la toile. Parfois, elle illustrait ses tableaux de poèmes en français et en breton, poésie simple et touchante, hommage au pays de sa jeunesse.
Il est souvent difficile de parler d'un tableau, il est nettement préférable de le regarder, alors je ne m'y risquerai pas. Par contre, l’appellation peinture naïve n'est pas celle que j’emploierai, je parlerai plutôt de peinture spontanée, jaillissant d'une idée sans modèle formel sous les yeux. Elle mélange les techniques picturales, passant de l'huile à la gouache avec quelques rares détours par l'acrylique, elle peint, en plus de la toile classique, sur du bois ou du contreplaqué. Elle change également de registre en particulier à la fin de sa vie commençant une série d’œuvres d'inspiration religieuse. J'ai découvert à travers ces lignes un personnage très attachant, plein de pudeur et de modestie, quelqu'un que j'aurai eu plaisir à connaître, me semble t-il.

J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les gens qui se forment par eux-mêmes surtout (car c'est souvent le cas) dans l'adversité. Ici comme dans beaucoup d'autres exemples, l'âge n'est pas un handicap, mais une qualité, savante alchimie, mélange de passion et de sagesse. Les peintres et leurs œuvres m'ont toujours émerveillé, quelles qualités possèdent ces hommes ou femmes en plus que celles que l'on trouve chez le commun des mortels?
Ce livre est écrit par Anne Vinesse, qui est la fille de Simone Le Moigne, donc bien placée pour en parler.
J'ai cherché quelques renseignements supplémentaires surtout au niveau visuel, ils sont présents sur le site qui est dédié à Simone Le Moigne. Le magazine « Ar Men », numéro 118, lui consacre son dossier peinture et un documentaire de François Gauducheau « Amzer zo Simone » (Doucement Simone) qu'elle a tourné à quatre vingt six ans est disponible en DVD. U n très beau livre qui m'a permis de découvrir une très grande figure de la culture bretonne dans un domaine que je connais peu, celui de la peinture. Cette « Mamm-Gozh » qui assiste au vernissage de sa première exposition à Paris en coiffe et vêtue de son costume traditionnel, servant du cidre et des crêpes mérite toute mon admiration.
Kenavo Simone ar Moign........
*Il était une fois en breton.