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Eireann Yvon

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Amoureux de la lecture et de la Bretagne, j'ai fait au hasard des salons littéraires de la région beaucoup de connaissances, auteurs ou lecteurs.
Vous trouverez mes chroniques ici :
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A bientôt.
Yvon

Chronique brouillonne d'une gloire passagère
29 avril 2010

Coups de coeurs et coups de gueules !

Ma rencontre littéraire avec Jean Kergrist est très récente et je le regrette. J'avais vu ses livres à la médiathèque mais bizarrement j'avais toujours plus urgent à lire! Puis un jour j'ai acheté « Barouf à la campagne » et depuis je suis un lecteur qui rattrape son retard!
Cela démarre fort par « Sus au cons » et cela se termine encore plus fort par «  les cons, le retour ».
Mais entre les deux, 160 pages oscillent entre truculence et gravité, entre espoir et désillusions, sans amertume avec un sentiment de ne s'être jamais renié et d'avoir toujours été fidèle à ses principes.
D'anecdotes pour le moins étranges, comme louer une place de cimetière à l'avance pour être enterré en Face d'Armand Robin! Mais la malchance s'en mêle, une secrétaire oublie de le noter, et quelqu'un meurt avant lui. Personne n'est en vérité pressé de mourir et quelles relations peut-on avoir avec un voisin de sépultures? Ne dit-on pas muet comme une tombe!


La création fortuite du « Clown Atomique » est fort bien racontée, dire que ce personnage va changer sa vie pour plusieurs années et avoir beaucoup de successeurs.
Mais la vie d'homme public non formaté n'est pas évidente tous les jours quand un artiste dépend d'une subvention décrétée par copinage. Une carrière se joue sur une photo en première page d'un quotidien régional, ou se déjoue pour un commentaire lapidaire sur la même première page du même quotidien régional!
Beaucoup de pudeur dans l'évocation des années de galère, quand les dettes obligent à l'acceptation de tous les contrats, avec son lot de fortunes diverses. Le courant ne passait visiblement pas entre l'EDF et l'auteur, l'un était pour le nucléaire, l'autre pour une énergie classique!
J'ai regardé en début de semaine le DVD du film de Jean Kergrist « Le missionnaire ou la vengeance de Dahut », il est évident que l'argent manque, le générique final ne fut jamais tourné faute de moyens financiers! Et pourtant ce film mérite d'être vu, mais la Bretagne n'était pas prête a recevoir d'elle-même une image différente de celle collée à sa réputation. Elle n'est pas encore capable d'accepter qu'un missionnaire succombe au charme de Dahut!
De spectacles en tournées, la vie d'un homme qui se raconte et aussi se dévoile sans ostentation avec courage et honnêteté. De démêlées financières en problèmes administratifs, de coups d'éclats comme cet épisode. Suite à un manque de subvention de la mairie de Nantes, le conseiller artistique de cette ville ayant refusé une aide de 700 €, le spectacle qui descendait la Loire en péniche ne put avoir lieu. Ce même conseiller artistique venait de débourser 1 million263000 € pour le Royal de Luxe. Une quête permit de rassembler 2,108 kilos de pièces jaunes pour un montant de 17,07 € qui fut remis à la mairie de Nantes devant quelques journalistes! Je n'ai pas raconté tout le livre, à vous de chercher le reste!
Les personnages de ce livre sont à part une bande d'amis, (trop nombreux pour les citer tous) les créations scéniques de l'auteur (je ne parlerai pas des divers magouilleurs de tout poil et des hommes politiques tout bord, qui ne sortent pas grandis de la lecture de ce livre). Les amis, les vrais, n'ont pas besoin de moi pour se reconnaître. Les tontons ici ne sont pas flingeurs, mais dragueurs, la cousine pour qui il n'y avait pas que l'école qui était libre! Une anecdote trop amusante pour ne pas en parler, l'auteur était enfermé suite à un accident technique dans une chambre, ce fut Louis Guilloux qui servit, la pipe au bec, de pompier de service en hissant la grande échelle!
L'écriture n'est pas ici la qualité primordiale, ici c'est la véracité qui prime. Un homme se penche sur sa vie et le fait très humblement. Merci Maître Jean.
Un dernier mot, la préface est de Jean-Bernard Pouy, et elle vaut la lecture! Merci Jean-Bernard. Et bravo aux Éditions Keltia Graphic pour ce beau livre, agrémenté de nombreuses photos.
Extraits:
- Au retour du front on l'a toujours dans le cul.
- Plus facile de se faire oublier que de se faire connaître.
- Dans artiste il y a artisan.
- A croire que le théâtre est un art destiné à guérir les timides.
- Puis l'été 1978, je mettais un point final à mon aventure lyonnaise en rentrant définitivement en Bretagne, soulagé de pouvoir chanter avec Gilles Servat : « Je dors en Bretagne ce soir ».(Combien sommes-nous à avoir pris les paroles de cette chanson au pied de la lettre? Note personnelle.)
- Le film fit scandale auprès des dévots. Il s'en trouve en Bretagne de coriaces.
- Je me suis entraîné pendant des jours à imiter Tati dans sa tournée de facteur à l'américaine.
- J'expliquais aux badauds que, bien plus fort que Giscard et son « avion renifleur » j'avais dressé ce taureau de la Cogema à renifler l'uranium.
- En Bretagne on trouve tout ce que l'on peut imaginer.
- Honte d'être fils de paysans. Honte d'entendre mes parents parler breton à la maison. Honte de nos sabots et de nos blouses trop rêches.
Éditions : Keltia Graphic

Mordre la poussière, Tentative d’explication du XXIème siècle en neuf nouvelles

Tentative d’explication du XXIème siècle en neuf nouvelles

Éditions Dialogues

22 avril 2010

Lemonde tel qu'il sera *

Il est, je pense, nécessaire de ne pas oublier le sous-titre « Tentative d'explication du XXIème siècle en neuf nouvelles ». Mais cela implique une autre question, ne faut-il pas aller au delà de l'explication? Agir après avoir expliqué? Pour cela est-il nécessaire de souffrir? Car comme ce recueil, chaque récit a son propre sous-titre.
« Le crabe ne m'aura pas » cette nouvelle et son contenu ont une explication historique, faute d'être scientifique. Comment peut-on être un champion prometteur, mais limité, vaincre un cancer des testicules et devenir un coureur hors-norme?
Dom, lui, est facteur en contrat à durée déterminée. Le vélo, il connait et pratique presque tous les jours, alors le Tour de France, le Maillot Jaune, ce coureur qui semble pédaler sur la lune, c'est son rêve. Un léger détail, il n'a pas de cancer, qu'à cela ne tienne.....
Un peu d'humour dans « Le mari de la femme invisible », mais je vous préviens, on rit jaune! Pauvre Gégé, vous parlez d'une vie, et en plus, non content, de ne pas pouvoir voir sa femme en peinture, ils ne s'entendent plus! Fais gaffe Gégé, souviens-toi du proverbe, marié ou pendu!
« La geôle » est un texte très dur sur l'univers carcéral, quelques pages qui font froid dans le dos, la folie et le sadisme au paroxysme!
Une belle brochette de personnages hante « La péniche » où se déroule le séminaire d'une société quelconque. L'auteur trempe sa plume dans le vitriol pour nous décrire un assortiment d'ex ou de futurs cadres dynamiques, de Jean-Luc à l'humour grivois et lourd, à Jean Marie, directeur zélé des ressources humaines. Un des meilleurs textes du recueil, à la fin de cette lecture, je me dis que je suis heureux d'avoir échappé à ce genre de chasse à l'argent et à la productivité. Anton Hansen est également présent dans « Sept à la suite », mais dans cette dernière, il a le rôle du salopard intégral! Enfin, un peu plus salopard que les autres. Pire que « Cashman », ce qui n'est pas une mince performance!

Des hommes en rupture de société, comme Piloche que l'on retrouve dans deux textes consacrés au monde de l'édition. Chacun sa souffrance, l'auteur et l'éditeur, les livres au pilon et l'éditeur en prison! Mais dans les deux cas, une certaine solidarité se manifeste, il ne faut peut-être pas désespérer du genre humain! Ni oublier la part du chien dans cette histoire, ni l'évocation de Montreuil, Vincennes et son bois!
L'écriture est ce que l'on trouve dans le registre de la nouvelle, percutante, précise et sans fioriture, en dire le maximum en un minimum de lignes. Et ici, c'est particulièrement réussi.
Une phrase m'a particulièrement plu dans ce livre :
- Et comme tous ceux qui se revendiquent ouverts, se disent prêts à dialoguer, à échanger avec des gens ayant des points de vue différents, elle ne pouvait pas blairer qu'on la contredise, que ce soit niveau boulot ou autre.
Ce genre de personnages foisonne sur Internet, dans les forums, dans les sites, l'anonymat a du bon pour certains!
Un constat social parfois dérangeant, le monde du management passé à la moulinette, les plans sociaux se passent-ils comme l'auteur nous les décrit? Le dégraissage pour ne pas dire l'épuration au nom de l'intérêt de certains sont devenus monnaie courante, il suffit d'écouter les informations!
Une découverte et un livre âpre comme le modernisme et ses dérives. Douleurs et souffrances sont les deux mamelles de l'existence !
*Ou « Tel qu'il est déjà!

Avec le temps
18 avril 2010

Un bourg pas toujours blanc.

Je vais par ce livre découvrir ce touche à tout de la communication, radio, télévision et maintenant littérature. Ce livre n'est pas un roman, mais un travail de souvenance familiale, dans une Bretagne plutôt taiseuse, où les gens ne se confient pas beaucoup.
Dans un court préambule, l'auteur dit la chose suivante :
- L'auteur a hésité, et l'éditeur avec lui, avant d'écrire en toutes lettres les patronymes des personnes citées.
Un homme à la mort de son père entreprend une sorte de quête de la vérité sur sa famille qui va déboucher plus globalement sur la question suivante : que s'est-il passé dans le village breton de ses ancêtres pendant les années de guerre, puis tout de suite après?

Nous sommes au Bourg-Blanc au nord de Brest, village occupé par une forte garnison allemande. Des militaires plutôt pacifistes durant les deux première années, la population, un peu comme partout, se divise en trois catégories aux contours incertains : les collaborateurs, les résistants et ceux qui subissent avec plus ou moins de bonne volonté.
Quelques familles sont plutôt rangées dans la première catégorie, dont la grand-mère de l'auteur, une de ses tantes, les Roch, surtout les filles Thérèse, Marie et Yvonne, et les Crozon. Chose curieuse, ce sont tous des commerçants, qui ont de ce fait des rapports très étroits avec la population, mais aussi avec les militaires. Il est aussi nécessaire de savoir que chaque famille avait des chambres réquisitionnées par l'occupant et que la circulation à l'intérieur de la Bretagne était très réglementée, pour ne pas dire très difficile.
La vie s'est donc organisée dans une sorte de vase clos et des affinités, y compris amoureuses, se sont de ce fait créées. Un seul enfant naîtra d'une relation entre une villageoise, Yvonne Roch, qui décèdera peu de temps après, et un soldat ; il se nommera Yvan Roch. J'en parlerai plus tard, car un chapitre de ce livre lui est consacré.
La fin de la guerre et ses suites pour le village sont, je pense, non pas exemplaires, mais courantes.
Pas exemplaire, car contrairement à d'autres endroits, les « résistants » ne commirent aucune violence, remettant les « présumés » collaborateurs aux autorités. Courantes aussi, comme partout, les règlements de compte se multiplient. L'auteur, pour écrire ce livre, a eu accès aux documents officiels, les dénonciations de tous genres affluèrent! Intérêts et jalousies étant les motifs principaux de ces calomnies.
Il est à noter qu'aucune condamnation ne fut prononcée, ni contre les familles Crozon, ni contre les filles Roch, qui continuèrent à vivre au Bourg-Blanc.
Les archives et les correspondances, saisies aux domiciles des familles concernées, donnent l'impression de gens qui s'appréciaient mutuellement, les soldats allemands regrettant la Bretagne. Il faut reconnaître que pour certains le fin fond de la Russie n'était pas forcément une récompense : la preuve, ce courrier :
- Un jour entier en Russie pèse autant que la guerre entière que nous avons fait en Bretagne.
Les personnages sont les habitants du Bourg-Blanc, il faut savoir qu'à l'époque le breton était la langue la plus parlée, mais que l'éradication commençait dans les écoles, ce qui donnait une situation pour le moins étrange d'une langue maternelle à la maison et une langue imposée dans l'éducation. L'église avait, elle aussi, son mot à dire dans l'enseignement, avec une sorte de loi non écrite, les filles dans le privé, les garçons dans le public.
Dans un entretien pour la librairie « Dialogues », l'auteur parle de la « mémoire » des témoins de l'époque, qui s'estompe, ce qui est bien naturel, mais aussi qui devient sélective à charge ou à décharge aussi d'ailleurs. Il dit aussi que son propos n'est pas de juger les gens, car on peut se poser la question : comment aurions-nous réagi, je pense par exemple, à Marie, Yvonne et Thérèse, jeunes femmes dont les parents tenaient un café, et qui parlaient allemand? Et dont la compagnie devait être très recherchée!
Dans mon esprit, ce livre, que j'avais commencé dans le cadre de mes chroniques nommées « Mémoires de Bretagne », est devenu au fil des lignes une découverte personnelle. J'ai connu il y a longtemps quelques protagonistes de cet essai, et j'ai beaucoup entendu parler, mais sans le connaître, de cet enfant né pendant la guerre.
La famille Roch, dont il est question ici, avait un fils Jean qui épousa ma mère. Thérèse et Marie (ainsi que leur autre sœur plus jeune) sont donc des tantes par alliance. Yvan était le filleul de Jean Roch. A la mort de ce dernier, mes demis-frères m'ont expédié une photo de lui, se trompant de prénom! Ce portrait avait au dos la mention « Yvan Lannilis », où il était en pension dans une école religieuse ! A la lecture de cet ouvrage, la photo de cet enfant me revient très clairement, une cousine m'a dit qu'il était encore en vie, grand-père et arrière-grand-père.
Une lecture qui me laisse des sentiments mitigés, non pas pour ses qualités qui sont évidentes, mais pour l'émotion qu'elle m'a procuré.
Je remercie son auteur, auprès duquel je m'excuse, en effet je parle plus des gens que j'ai personnellement connus que des membres de sa famille.

Ici finit la terre

Gérard Chevalier

Coop Breizh

17 avril 2010

Et certains y perde la vie!

Un auteur que je découvre avec ce livre. Ce roman est en compétition pour le prix du Goéland masqué du festival du roman policier de Penmarc'h dans le Finistère. Gérard Chevalier est pour l'instant surtout connu comme comédien et scénariste. Ce livre est son premier roman.
L'île de Batz, à la fin de la guerre, là-bas comme ailleurs, des règlements de compte ont eu lieu. Soazig, une îlienne, était amoureuse d'Hans un allemand. Elle fut rasée et lui, fait prisonnier. Un peu plus tard, Hans revient sur l'île avec un autre de ses compatriotes, Villem, comme travailleurs prisonniers. Hans, pour aider une veuve à l'entretien de sa terre, Villem pour seconder Riou, le cantonnier . Ils seront tués tous les deux. Un marin amoureux de Soazig, qui avait menacé de mort l'officier allemand, apparaît comme le coupable idéal, mais un témoignage digne de confiance vient l'innocenter! Pourquoi ces deux hommes sont-ils morts, et par qui ont-ils été tués?
Et puis deux morts de plus, après les millions de la guerre! Pour les enquêteurs, un autre problème se pose, certaines révélations les mènent sur la piste d'un trafic d'armes, ils arrêtent les coupables, Loïc Le Gall et Pierre Madec, mais ceux-ci ne passeront même pas en jugement. Soazig, libérée de prison, s'est suicidée en apprenant la mort d'Hans.
Le temps passe, certaines familles s'enrichissent en ces temps troublés, des couples se séparent, d'autres se font. Les haines sont toujours aussi vivaces dans cet espace où pratiquement tout se sait.
Nous sommes en 1973, Le Menez, ancien garde-champêtre, qui n'avait jamais caché ses sentiments pro-allemands, est tué, puis vient le tour de Loïc Le Gall, famille qui s'est fortement enrichie depuis la fin de la guerre. Ils ont été abattus avec la même arme que les deux allemands, plusieurs années auparavant! Et cette arme qui, normalement, est au tribunal de Quimper, a en fait disparu.
Puis Pierre Madec est aussi abattu.......Et puis...... la liste s'allonge....

Commence alors une seconde enquête, qui mettra encore une fois en lumière la duplicité de certaines familles, leur sorte de repli sur eux-mêmes, leur défense opiniâtre de l'argent et de la terre.
Beaucoup de personnages dans ce roman, les femmes se révèlent plus intéressantes que les hommes souvent dépeints comme des coureurs de jupons frénétiques ou des arrivistes pour qui les conquêtes féminines et monétaires sont les seuls buts.
Soazig est une femme passionnée, altière, ardente et ambiguë, pleine de contradictions, elle choisira le suicide, laissant sa fille Marie-Hélène à la garde de Dominique qu'elle avait connue en prison.
Gwenaëlle, amie d'enfance de Soazig, est restée à Batz, s'est mariée, a eu des enfants, dont une fille qu'elle a prénommé Soazig, mais son couple s'est détérioré au fil du temps. La veuve Le Floc'h est une figure de l'île, respectée, elle a accueilli Hans et lui a toujours témoigné beaucoup d'affection. Affection qu'elle reportera sur Giuseppe, prisonnier italien, qui le remplacera et qui restera sur l'île.
Pierre-Yves Legarrec, après une période noire due à la liaison entre Soazig et Hans, sera initié aux joies du corps par une longue liaison avec une dame dont nous tairons le nom, puis il épousera Gwenaëlle après le divorce de celle-ci.
Certains personnages pittoresques, comme Braouzec surnommé « L'intellectuel », et son copain Chang, le chinois, ou d'autres comme Papy Riou qui, des années après, regrette encore la compagnie de Villem, nous réconcilient avec quelques-uns des hommes de ce roman.
Les habitants de l'île, les clans et les familles, la nature souvent hostile servent d'arrière plan à ce roman, âpre et dur mais qui se lit bien. Une histoire diabolique et une intrigue bien menée, un coup de maître pour un premier roman.