Votre librairie disponible 24/24 h

Librairie La Galerne - 148, rue Victor Hugo - 76600 Le Havre

02 35 43 22 52

Yv

http://lyvres.over-blog.com/

Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Jean-Pierre Campagne

par
2 juillet 2021

Très court texte de Jean-Pierre Campagne, ami de Ghislaine Dupont, qui comme tous ceux qui la connaissent ne s'explique pas cet assassinat. Dans un pays, au moment de l'opération Serval menée par la France, où les blancs non militaires sont assez faciles à enlever et ont une grande valeur marchande pour les djihadistes, ces morts n'ont aucun sens. Personne ne parle, ni la France -secret d'état-, ni le Mali.

Dans cette fiction, JP Campagne pose des questions en se mettant à la place des divers intervenants. C'est très parlant, sans doute plus qu'un long article de journal, car son texte touche davantage. Il peut, contrairement à un article, faire appel aux émotions, aux doutes. La fiction permet tout, même de faire parler des objets, c'est sans doute étrange dit comme cela, mais ça coule parfaitement dans ce récit.

Entre les lignes, il y a la difficulté de faire le métier de journaliste dans les zones à risque et les risques inhérents. Il y a aussi la difficile position des autorités des pays, des diplomates, qui, dans le cas des pays occidentaux, jurent ne jamais verser de rançon mais qui le font. C'est compliqué, j'avoue n'avoir pas d'avis tranché sur la question entre sauver les vies des otages et financer le terrorisme...

JP Campagne fait également parler ceux qui restent : la famille, les amis pour qui la mort et l'absence d'explications les touche au quotidien. Le tout donne un livre touchant, un bel hommage aux deux victimes Ghislaine Dupont et Claude Verlon, qu'on trouve directement sur le site de l'auteur : www.jpcampagne.com.

Alain DELMAS

Intervalles

19,90
par
2 juillet 2021

Quel roman ! S'il souffre, à mon avis, de quelques longueurs, répétitions, il ne ménage pas ses effets de surprise. Là où l'on croit que l'auteur est déjà allé loin, il pousse encore le bouchon vers le fantasme, l'irréalisme avant de se dire que tout n'est peut-être pas si éloigné d'une future probable vérité. Ce livre qui pioche allègrement dans le polar et le roman d'anticipation se lit avec avidité et dégoût, mais un dégoût qui demande à continuer la lecture pour voir jusqu'où Alain Delmas peut nous emmener. Et l'on n'est pas déçu.

Difficile de ne pas y voir des pays ou des personnes vivantes ou ayant réellement vécu, néanmoins bien cachées. Alain Delmas décrit un monde économico-politique terrible dans lequel tous les coups, mêmes les plus vils, les plus bas -surtout iceux- sont permis. A chaque fois que l'on passe d'un intervenant à un autre -une ministre, un conseiller...- on se demande ce qu'il va inventer pour tenter de prendre le pouvoir. Un monde violent et incroyablement créatif dans l'art de nuire à son ami et rival. C'est du billard à multiples bandes. Les associations entre deux personnes ne durent que le temps qu'elles profitent au plus futé.

Il y a dans ce roman, comme dans le précédent de l'auteur, Dans l'ombre du viaduc, une ambiance incroyable qui vous saisit et ne vous lâche plus. Il y a aussi, les questions de la dérive de nos sociétés, du pouvoir et de sa violence, de son attrait pour certains qui le veulent quel qu'en soit le prix, de la science lorsqu'elle est dirigée par des personnes ne cherchant que le profit. Tout cela en à peine 300 pages, du grand art.

Gouiran, Maurice

Jigal

18,50
par
2 juillet 2021

Deux gros dossiers pour ce nouveau polar de Maurice Gouiran avec son héros préféré Clovis Narigou : le scandale des logements indignes dans la ville de Marseille qui, il y a quelques années se sont écroulés en faisant des victimes et le sort réservé par la France aux harkis parqués pour certains jusque dans les années 90.

Maurice Gouiran ancre toujours ses romans dans une époque ou un fait un peu oubliés qu'il met au grand jour. Il est un auteur de roman policier social qui s'intéresse aux petites gens, à ceux qui triment et qui trinquent des décisions des politiques qui, à Marseille trempent dans un système pas très sain depuis des décennies. J'aime bien ses polars parce qu'ils sont réalistes et humains, c'est toujours cela qui prime. Et là, Maurice Gouiran est en colère, révolté. Comment ne pas l'être lorsque des élus bien de leur personne, arborant souvent des valeurs chrétiennes, humilient et profitent des plus faibles pour se faire de l'argent ? Comment ne pas s'indigner lorsque l'on sait comment la France a traité les harkis, des combattants qui ont pris son parti et qu'on a remercié en les mettant dans des camps ? Le romancier cite des propos de de Gaulle et d'autres sur les harkis qui font froid dans le dos, c'est tout simplement ignoble.

C'est dans cette ambiance malsaine que Clovis tente de comprendre ce qui s'est passé après la fin de la guerre d'Algérie et pourquoi des harkis, âgés d'environ quatre-vingts ans se font assassiner. Le lien est sans doute à trouver en remontant les années, ce qu'il fait très pédagogiquement, tant mieux pour nous lecteurs qui comprenons mieux la situation. Si l'enquête concernant les émus de la ville risque de passer à la trappe, celle qui cherche à trouver le meurtrier des harkis menée par Clovis a des chances d'arriver au bout. Parce que Clovis, comme son double qui lui écrit ses histoires, est révolté et qu'il compte bien montrer qui sont ces combattants français malmenés, humiliés. J'ai l'impression que c'est l'un des polars de l'auteur les plus virulents contre les autorités de l'époque et contre celles de maintenant qui maltraitent les plus faibles, surtout s'ils ont la peau foncée ou des origines étrangères. La xénophobie, le racisme font vendre en ce moment sur certaine chaîne de télé entre autres avec des intervenants de plus en plus nombreux, j'avoue que ça me met en colère et que ça me fait peur cette montée d'un nationalisme franchouillard. Il faudrait plein de Maurice Gouiran pour contrecarrer ces offensives de la haine.

12,50
par
2 juillet 2021

Verena Hanf que je remercie au passage, m'a récemment conseillé ce court et dense roman de Catherine Meeùs qui partage avec le dernier roman de Verena Hanf, dans son titre, le terme de fragilité. Voilà pour ce propos liminaire, sans doute inutile, mais auquel je tiens ; ne dit-on pas que l'inutile est indispensable ?

Il est donc question de la vie d'Olga, cette femme tout juste croisée plusieurs fois par Hanne. Une vie imaginaire qui débute dans un village reculé, archaïque. Olga y naît par hasard dans une famille où les hommes sont soit des légumes, soit de simples spermatozoïdes pour reprendre une formulation de l'auteure : "Et puis mon grand-père est mort, et je suis née, des œuvres du Bon Dieu. Ou de Dieu sait qui, parce que personne n'a jamais su. J'ai bien eu assez vite une idée sur la question, mais l'énormité de la conviction m'a convaincue de la garder pour moi." p.19)

Catherine Meeùs parle du choix ou des contraintes, du destin, des vies de certaines personnes qui plongent dans diverses addictions, dans des relations toxiques et ne parviennent pas à en sortir, malgré une lucidité peut-être pas permanente, mais néanmoins présente. Elle pose les questions suivantes : Comment peut-on s'infliger cela ? Comment peut-on le supporter ? Et ces nombreux "peut-être" qui jalonnent la vie : peut-être que si j'avais fait un autre choix, ma vie en eût été radicalement changée, mais peut-être pas ?

La descente voire la chute est toujours plus rapide que la remontée.

C'est un roman poignant, qui oblige à se poser des questions, qui "travaille" le lecteur. Finement et joliment écrit, parfois poétique, il raconte la vie étonnante d'une femme qui ne l'est pas moins. Il chamboule et ne se laissera pas faire facilement si vous décidez de le poser un instant. Vous y reviendrez vite.

PS : l'illustration de couverture, que je trouve très belle, est signée Delphine Gosseries.

Hubert Delahaye

Asiathèque

9,90
par
2 juillet 2021

Quelle délicatesse dans ce court roman. L'art du thé : "Le thé n'est pas vraiment une cérémonie. Il n'en a pas la pompeuse solennité. Ce n'est pas la messe ou le rituel d'une quelconque religion. [...] "Cérémonie" est un mot trop rigide pour désigner un exercice aussi multiforme, fait de gestes simples et précis qui n'ont d'autre finalité qu'eux-mêmes, pensés et codifiés pour être strictement efficaces, nécessaires et suffisants et qu'on doit idéalement réaliser sans y penser et d'un cœur léger." (p.29)

Toute l'histoire tourne autour de ces moments chez madame Yamamoto. Tout y est lenteur, calme. Tout s'y déroule dans le silence, les regards se croisent, les gestes sont là pour offrir le thé, pour le savourer, et il s'y joue bien autre chose, l'amour naissant des deux jeunes gens. Ils se retrouvent parfois à l'extérieur, à la fin de la séance, marchent côte-à-côte en devisant. L'art du thé se rapproche de l'art de la séduction surtout lorsque ce dernier se fait en japonais : "La langue japonaise n'a rien de facile, sans parler de son écriture. Une conversation peut se révéler malaisée à suivre quand on n'y trouve pas de sujet ou de verbe. On a tendance à exposer les faits selon un ordre impressionniste où il faut savoir entendre au-delà des mots à travers un discours qui paraît éparpillé et qui favorise les apartés et les digressions." (p.58)

C'est beau, délicat, fin et reposant. Lire ce petit livre de Hubert Delahaye -comme son très beau Lettres d'Ogura- promet un moment à part, loin de la rapidité et de la performance, l'un de ceux que l'on savoure en prenant son temps et un thé.