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Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Une enquête de Max Mingus

Gallimard

22,90
Conseillé par
10 janvier 2023

Après l'excellent Tonton Clarinette -qui, bien qu'écrit avant, se déroule après-, voici donc le deuxième tome de la trilogie Max Mingus. Et ils ne se ressemblent pas. Autant j'ai été favorablement impressionné par Tonton Clarinette, autant ce Voodoo land m'a ennuyé. L'histoire semble bien partie, et les différentes histoires qui gravitent autour : le vaudou des Haïtiens, la corruption, la violence, les arrangements entre policiers et politiques pour le bénéfice de tous corsent l'enquête et densifient le roman. Mais le problème principal est que tout cela est noyé dans un flot de détails inutiles, dans une logorrhée fatigante et dans moult digressions certes intéressantes mais longues et répétitives... Presque 600 pages dans la version brochée qui aurait pu maigrir quasiment de moitié sans que cela ne nuise ni à l'histoire ni à l'enquête ni aux personnages. Ni même aux apports extérieurs tels la pratique vaudoue, le changement au début des années 80, période à laquelle se déroule le roman, de la ville de Miami, le cynique constat des accointances entre politiques, voyous et policiers, la prostitution et le trafic de drogue qui explosent... Au contraire iceux auraient pu donner du fond, un contexte fort et une puissance au roman de Nick Stone.

Hélas, l'impression de me noyer, de ne pas avancer, tout cela me décourage malgré toute mon envie de renouer avec Max Mingus -mais je n'ai pas dit mon dernier mot, j'ai le troisième de la trilogie.

Carlos Callaibet

Barometre Edit

14,00
Conseillé par
10 janvier 2023

Très belle illustration de couverture de la version française due à Florent Mulot qui donne envie d'entrer à l'hôtel Lebac. Et une fois entré, on n'est pas déçu par l'ambiance ni par les personnages qui y habitent. C'est un court et très beau roman qui raconte une époque révolue, celle des pensions de famille dans lesquelles se côtoyaient des gens très différents, des artistes, des solitaires, des fêtards, souvent pauvres... Je ne connais pas bien l'Uruguay, je sais que la dictature militaire arrivera une dizaine d'années plus tard pour presque quinze ans, Carlos Caillabet en sera une des nombreuses victimes puisqu'emprisonné de 1972 à 1985 pour activités au sein d'un mouvement d'extrême gauche.

Dans son roman, il raconte un pays libre, dans lequel un jeune homme apprend la vie au hasard de ses rencontres. Pas totalement insouciant parce que sa mère peine à payer la pension et à trouver du travail, il a néanmoins des préoccupations d'adolescent. C'est avec beaucoup d'humour que Carlos Caillabet écrit ce roman d'initiation, un humour teinté de nostalgie et de gravité pour décrire sa génération -il est né en 1948- et celle de ses parents. Il met en exergue une citation de J.D. Salinger dans L'Attrape-cœurs, qui exprime assez bien ce que l'on ressent à la lecture, cette nostalgie des gens rencontrés qu'on ne voit plus : "Mieux vaut ne jamais raconter à personne. Dès lors que l'on commence à raconter, le monde entier se met à nous manquer." Et pourtant, ils racontent... pour notre plus grand plaisir

Conseillé par
10 janvier 2023

Nouveau venu dans la liste des enquêteurs de polars historiques, Valentin Verne est un personnage original, versé dans le sciences et dans l'irrationnel. Pour sa première enquête, qui, je dois le dire traîne un peu dans sa seconde partie, mais qui rebondit de manière inattendue et formidable pour finir en beauté, il suscite des attentes et des envies de suites du même acabit.

Entre monarchistes fidèles à Charles X contraint d'abdiquer, ceux qui soutiennent le nouveau roi, celui des Français, les Républicains... C'est un très bon contexte historique pour placer une intrigue policière en lien avec les événements. En outre, en ce début de XIXe siècle, ce sont des découvertes essentielles pour la médecine, la science en générale et l'ouverture à un monde plus irrationnel, celui du spiritisme (les tables qui tournent viendront un peu plus tard avec notamment les sœurs Fox, voir ici) et les suites des théories sur le magnétisme animal de Messmer, médecin autrichien.

L'enquête de Valentin Verne promet d'être difficile et délicate car elle met en cause quelques grands personnages. Néanmoins, rien ne l'arrête, lui qui sait déjouer les traquenards et use d'une pratique et d'une expérience peu communes pour un homme aussi jeune. Eric Fouassier mêle avec talent les personnages qu'il invente à ceux qui ont réellement existé. Ils se côtoient, s'aident, se croisent. Tout cela pour une série qui débute sous les meilleurs auspices et qui a d'ailleurs déjà vu la naissance d'un autre tome (Le Fantôme du Vicaire) sorti il y a quelques mois.

Guy Bordin

La Tremie

15,90
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10 janvier 2023

Guy Bordin est océanographe, ethnologue, réalisateur, diplômé en langue et culture inuits. Il est aussi écrivain et publie son deuxième roman après L'Amant fantasmatique. Vers le monde bleu est un roman assez court, très riche. J'ai personnellement beaucoup appris sur Saint-Pierre et Miquelon et sur Terre-Neuve et ses premiers habitants, les Béothuks. Si j'ai pu me sentir un peu dépassé par les toutes premières pages dans lesquelles l'auteur parle de l'intérêt de son héros pour les terres australes en y citant les différents peuples qui les ont habitées, très vite je suis entré dans le rythme de Guy Bordin et j'y ai puisé une foultitude d'informations et surtout trouvé un réel plaisir de lecture. Instructif sans être pédant, très bien écrit, ce court récit duquel le superflu a été gommé, va au plus court, au plus direct sans omettre de nous décrire les paysages, les lieux visités et les personnes rencontrées. De fait, j'ai eu très envie d'aller partager les périples des deux hommes en ces lieux encore point trop touristiques. Et de me prendre à espérer qu'ils trouvent les objets de leur quête

C'est aussi un roman d'initiation amoureuse. Le jeune enseignant se sait homosexuel mais n'a pas encore osé vivre une histoire avec un autre homme. Les années 1990 sont assez anxiogènes : les homos ne sont pas vraiment acceptés et le Sida fauche de nombreuses personnes dont certaines personnalités : Hervé Guibert, Cyril Collard... A Saint-Pierre, petite ville sur une île, lorsqu'on est enseignant, il vaut mieux ne pas montrer son orientation sexuelle si celle-ci n'est pas la norme acceptée. Il faudra trouver des moments et des endroits pour que deux hommes se rencontrent librement. Ce sont également de belles pages, explicites et sobres. Ils mettent à profit leurs temps de recherche sur les Béothuks pour partager de beaux moments.

L'ensemble est un beau roman, équilibré, sobre et instructif qui fait la part belle aux paysages, aux premiers habitants des endroits décrits. Excellent pour se dépayser en lisant de très belles lignes.

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22 décembre 2022

"Un lit sur six, resterait, le plus souvent, inoccupé, quand la France compte un peu plus de soixante-sept millions d'habitants -vivant dans trente-sept millions de logements. Chambres d'amis sans amis, résidences secondaires sans résidents, couchages de dépannage etc.

Et pendant que ces lits dorment sans personne dedans, pendant que vous dormez seuls, chers lits français, jusqu'à trois cent mille personnes dorment dans les rues de votre beau pays." (p.3)

Partant de ce constat, Bernard Bretonnière propose aux Français qui ont des lits ou des chambres de libres d'héberger des sans-abris, des migrants. Lui-même, après des hésitations dues au discours ambiant sur l'insécurité, le risque de vol, d'agression, et toutes autres sortes de peurs, a franchi le pas et a osé accueillir chez lui un migrant congolais de 28 ans. Et depuis, ses lits ne désemplissent pas. Il se nourrit des rencontres, des échanges avec ceux qui vivent et dorment chez lui. Un seul incident, un homme qui a été entraîné dans un mauvais chemin -mais à l'extérieur, pas chez Bernard Bretonnière chez qui il est resté correct. "Trop beau pour y croire ? Bisounoursitude ? Angélisme boboïque ? Non : stricte vérité. Ainsi, ces deux lits, chez moi, ne connaissent plus le vide, ma maison ne connaît plus l'ennui ni la morosité, nous vivons tous ensemble tellement mieux, tellement plus. Aujourd'hui, et au quotidien, je ne peux plus me passer de leur présence ; elle m'est devenue nécessaire, parce que naturelle, et revigorante, et salutaire, et vitale." (p.12)

Lorsque la réalité n'est pas ce que d'aucuns veulent nous vendre dans les médias et leurs discours moisis. Lorsque la réalité, c'est la rencontre de l'autre. Lorsque la rencontre de l'autre c'est la richesse. Et lorsque Bernard Bretonnière finit par une petite pique bien sentie que personnellement j'adore, une pierre dans le jardin des bien-pensants sus-nommés : "Et, tout soudain, je pense à vous, lits chrétiens surmontés d'un crucifix : oublieriez-vous les Évangiles ? Celui de Matthieu par exemple : "J'étais un étranger et vous m'avez accueilli"... (p.16)