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Clara

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Une lectrice sans prétention, amoureuse de la vie qui habite au bout du monde (ou presque). Et un blog pour parler lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Mer agitée
7,20
4 juillet 2019

On oublie la couverture qui peut laisser croire à tort à une lecture légère ou à un feel-good. On en est mille lieux même si Jean habite près d’une plage. Après la désertion des estivants, ce septuagénaire brave le froid et le vent quotidiennement pour nager. Il a pris cette habitude depuis qu’il héberge Léo son petit-fils. Le jeune homme est revenu mutique, solitaire depuis une mission militaire en Afghanistan. L’enfant joyeux et calme qu’il était s’est enfermé dans un silence et est en proie à des accès de violence. Quand une jeune fille disparaît, la petite ville voit en lui le coupable idéal.

Avec une construction habile qui alterne les journaux de baignade de Jean et le récit de la mère de Léo bien des années plus tôt, ce roman prend un tournant inattendu pour se rapprocher du polar psychologique. Accrochée par l’intrigue et par les descriptions viscérales si justes de ce que Jean ressent quand il nage (les amateurs d'eau salée ou d'eau chlorée s’y retrouveront) tout autant que par ses questionnements, j’ai été agréablement surprise.
Un roman où l’atmosphère palpable agrippe le lecteur : le doute est semé, on est troublé et on s'interroge. À découvrir !

De Christine Desrousseaux, j'avais lu "En attendant la neige" et "Mer agitée" a ma préférence pour l'écriture plus concise. Elle insuffle une ambiance, nous décrit un environnement ou des émotions en très peu de mots.

Un homme à sa fenêtre
16,00
2 juillet 2019

Comme dans "La patience des buffles sous la pluie", David Thomas, avec ce nouveau titre, nous livre des microfictions. Des instantanés de vie très courts et des personnages brossés avec émotion. En très peu de lignes, il nous immerge dans des situations diverses du quotidien et fait ressortir la nature humaine. Ses personnages connaissent souvent des désillusions ou des revers. Ils les encaissent, butent dessus ou les franchissent avec des peines, de la honte ou alors avec panache ou fair-play.

Beaucoup de ces microfictions ont un rapport avec le monde de l’édition et mettent en scène des écrivains. Ils ont de l’espoir, des envies, quelquefois ils se moquent d’eux-mêmes ou alors ravalent leur fierté.
On tangue entre les sourire et les pincements de cœur car il nous tend un miroir sans se faire moralisateur ou donneur de leçons.
Davis Thomas se fait tendre, ironique mais sans méchanceté avec une pudeur qui m'a touchée en plein cœur, la sincérité de son regard est touchante. Et même si je suis passée complètement à côté de certains de ces instantanés, j'ai aimé son art de nous cueillir joliment et son sens de l’observation qui fait mouche.
À consommer sans modération pour un arc-en-ciel d'émotions.

Une saison à Hydra
28 juin 2019

Dramaturge à succès, Emmanuel Joyce recherche une comédienne pour sa nouvelle pièce. Lilian, l’épouse d’Emamnuel, et Jimmy Sullivan, son imprésario, gravitent autour du dramaturge. Embauchée en tant que secrétaire d’Emmanuel, la jeune Alberta découvre ce microcosme. Entre Londres, New-York et la Grèce, on suit ce quatuor. À 60 ans, Emmanuel est admiré de tous. Jimmy se plie à ses quatre volontés et à ses caprices, Emmanuel se comportant un peu comme un enfant gâté tandis que Lilian porte en elle le deuil de leur enfant décédé en bas âge.

Nous sommes au début des années 1950 et Alberta se soucie du quand dira-t-on et et de certaines normes en vigueur. Détonante par sa candeur et par sa droiture d’esprit, vive d'esprit, son éducation contraste avec les autres personnages plus libres de leurs faits et gestes. Sauf qu’Emmanuel s’éprend d’elle et voit en elle la comédienne parfaite pour incarner le rôle principal de sa future pièce. Avec beaucoup de charme, l’auteure aiguise notre curiosité. Les dialogues, les descriptions et les pensées des personnages nous dévoilent leurs préoccupations personnelles futiles ou plus profondes. Que ce soit les différentes facettes du couple formé par Emmanuel et Lilian, les évolutions infimes et les questionnements des personnages, tout est rendu avec subtilité. Sans chercher à nous rendre sympathique ce quatuor, les petits pics décochés sont ironiques et quelquefois cinglants.

Ce roman est doté d’un charme suranné mais surtout de finesse. L’écriture d'Elizabeth Jane Howard distille une beauté poétique qui se délecte et dont on s’imprègne. Certes il y peu d’action et certains pourront trouver ce roman ennuyeux mais tout l’intérêt réside dans l’exploration de la psychologie des personnages. Les derniers chapitres qui se déroulent sur l’île d’Ydra sont de toute beauté !
https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/06/elizabeth-jane-howard-une-saison-hydra.html

La Veuve

Fleuve éditions

19,90
26 juin 2019

2010. Jane est veuve désormais, son mari Glen a été tué accidentellement par un bus. Assaillie par des journalistes à son domicile, elle n’est pas bizarrement éplorée pourtant sa vie vient de basculer. Sauf que quatre ans plus tôt, son mari a été accusé d’avoir enlevé une petite fille de deux ans puis mis hors de cause.

Je recule souvent devant les polars et les thrillers mettant en scène la disparition d’enfants par crainte que ça soit tordu. Mais là, pour ma plus grande surprise, Fiona Barton ne cherche pas le sordide ou le glauque. La vie du couple nous est racontée par Jane sur plusieurs périodes à partir de leur mariage. Réservée, elle était coiffeuse et Glen travaillait dans une banque. Comme bon nombre de couples, ils avaient l’envie de fonder une famille. Les années ont défilé sans que ce désir soit réalisé. Le comportement de Glen a changé, il a perdu son travail et s’est enfermé de plus en plus en souvent devant son ordinateur.
Jane sait-elle quelque chose ? Glen était-il coupable ? Qui est vraiment Jane ? Etait-elle manipulée par son mari comme on le pense? Le policier chargé de l’enquête et une journaliste cherchent à découvrir la vérité. Alternant les trois récits, ce thriller nous harponne habilement et il est difficile à lâcher.

De nombreuses ambiguïtés apparaissent et de nouvelles pistes se dessinent avec une tension bien présente. Fiona Barton évite toute forme de vulgarité et dépeint sans pincettes une certaine forme de journalisme sensationnel. On doute et on s’interroge sur de nombreux points jusqu'aux toutes dernières pages.
Très bien mené avec un suspense psychologique constant, je recommande ! Et en plus, il est paru depuis en poche (et hop, vous n'aurez pas d'excuse).

De l'Angleterre et des Anglais
19 juin 2019

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/06/graham-swift-de-langleterre-et-des.html

À la lecture des romans "J’aimerais que tu sois là" et "Le dimanche des mères", j’avais été frappée par la justesse et la précision de l’écriture de Graham Swift. Avec ce recueil, l’auteur prouve qu’il sait jouer dans toutes les gammes de partition. À travers ces vingt-cinq nouvelles ou plus exactement ces instantanés de vie, il explore à merveille des situations et la psychologie de ses personnages. Les troubles, les hésitions, les choix effectués ou subis qui font basculer une vie ou gravent à jamais les mémoires jalonnent ces textes.

Touché par ce sentiment d’avoir la chance de partager avec eux un moment à part, on pénètre dans l’intimité de ces personnages appartenant à des milieux sociaux différents. L'auteur nous parle d'amour, d'amitié, de maladie ou de mort, mais aussi de fraternité ou de bonheur. Sans pathos ou exagération, c'est empreint de tendresse et d'une pudeur très belle.

Avec ces nouvelles ciselées qui nous promènent dans la campagne anglaise ou en ville à différentes époques, Graham Swift décrit à la perfection les portraits de ses concitoyens et nous offre ce patchwork cosmopolite au plus près de l’humain.
J’ai savouré chacun de ces textes, j’ai été émue, j’ai souri de traits d’humour, certaines de ces nouvelles m’ont bouleversée alors qu’il y a une économie de mots. Je me suis régalée et les émotions bien présentes m'ont joliment cueillie.