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AUXERRE

Blay-Foldex

Blay foldex

5,90
par (Libraire)
27 mai 2020

Un chef d'oeuvre

Voilà un ouvrage incontournable pour tous les amoureux d'Auxerre. Et ceux qui ne sont pas amoureux d'Auxerre le deviendront nécessairement après avoir compulsé un document d'une telle qualité. On notera que ceux qui ne sont pas amoureux d'Auxerre et qui ne consultent pas ce document risquent aussi de tomber amoureux d'Auxerre, mais ça ne concerne pas cette chronique.

En très peu de pages (une ou deux si on compte le verso), ce "Plan de ville" vous fera découvrir toute la substance de la cité de Paul Bert. Le lecteur attentif ira de découvertes en surprises, du rire à l'émotion, en tombant par exemple nez à nez avec la rue Basse Moquette, ou sa jumelle, la rue du Puits des Dames. Quelle crise de fou rire quand vous remarquerez que l'allée André Citroën ne mène nulle part et que la rue Louis Braille croise le chemin de l'Ancien chemin de fer (un train peut en cacher un autre !). Enfin, ce plan vous donnera peut-être aussi envie d'aller à votre tour chanter sous les fenêtres des habitants excédés de l'allée Gilbert Bécaud. Les pauvres !

Nous avons particulièrement apprécié les illustrations de ce plan qui nous ont littéralement donné des frissons. Nous sommes restés interdits devant la pertinence des couleurs utilisées : le bleu qui représente l'eau est très bleu, tandis que le vert représentant les espaces verts n'est pas vulgaire. Et que dire des charmantes petites croix idéalement disposées aux emplacements des cimetières ?

Pour conclure, nous ne pouvons que donner la note maximum à ce plan qui demeure à nos yeux le meilleur de tous ceux que nous avons pu consulter. Sans vouloir dénoncer qui que ce soit, nous avons par exemple été très déçus de constater que l'ouvrage "Plan de ville - Mulhouse" ne faisait apparaître aucune rue d'Auxerre. Quelle honte.

Alors n'hésitez plus : jetez-vous sur cette merveille. Le plan de ville d'Auxerre, vous ne le lâcherez pas !

Le répondeur

Quidam Édition

20,00
par (Libraire)
26 mai 2020

Ne quittez pas, je vous le passe

Ce roman bien senti frappe juste. Il réussit à transformer ce qui aurait pu être une comédie de situations astucieuse mais classique en un livre espiègle, souvent touchant, et bien plus malin qu'il n'y paraît.

Le répondeur du titre, c'est un jeune imitateur, spécialisé dans les voix peu communes (Gide, Mendès-France...) qui peine à trouver son public dans un petit théâtre parisien. Jusqu'au jour où le célèbre romancier Pierre Chozène vient le trouver pour lui proposer un curieux emploi : devenir lui, imiter sa voix et répondre aux multiples sollicitations téléphoniques qui lui gâchent la vie.

C'est que le grand homme a besoin de temps pour travailler à son nouveau roman et il enrage de devoir composer avec tous les aspects de la vie sociale : donner le change à son ex-femme, encourager sa fille, rassurer son éditeur, envoyer balader les journalistes, tout ça prend un temps fou et n'a rien d'exaltant.

Pour une somme très convenable, Chozène confie donc à notre imitateur son téléphone portable, et toute son existence. Dès les premiers appels, l'imitateur comprend qu'il lui faudra faire plus qu'imiter. Pourquoi ne pas inventer un petit peu ? Et chercher à résoudre ce qui dysfonctionne dans les relations humaines de Chozène ?

Sur cette base très prometteuse, Luc Blanvillain construit un roman très fin, plein d'humour, de tendresse et aussi de réflexions sur nos rapports sociaux, notre incapacité à communiquer avec nos proches, à leur dire vraiment ce qu'on a sur le cœur.

Si ça n'est pas un excellent livre, c'est très bien imité !

Lisière
22,00
par (Libraire)
23 mai 2020

Au bout de tout

Née en Bulgarie, Kapka Kassabova vit depuis 25 ans en Ecosse quand elle décide de retourner sur sa terre natale, à la lisière de tout, dans cette région forestière et montagneuse à la limite de la Grèce, de la Turquie et de la Bulgarie.
De village en village, elle s'enfonce dans le quotidien de ces peuples frontières, vivant aux portes de l'Europe, là où tout se joue, siècle après siècle, depuis les guerres homériques jusqu'aux enjeux migratoires contemporains.

Là où Lisière prend le contre-pied d'un récit de voyage traditionnel, c'est que Kassabova ne se contente pas de traverser les régions qu'elle explore. Elle y loue une maison, s'y installe pour plusieurs jours, se rend dans les cafés où l'on boit, discute avec les hommes et les femmes que des destins extraordinaires ont portés là. C'est un livre où on parle beaucoup, et où l'autrice et les lecteurs écoutent toutes ces voix monter de la forêt du monde. Elles bruissent, elles ne s’arrêtent plus, comme si elles se retenaient de parler depuis des siècles, comme si personne avant Kassabova n’avait jamais tendu l’oreille. Et c’est probablement le cas.

C'est un livre qui brasse l'Histoire et les histoires, qui mêle la légende aux anecdotes. Il vous transporte des bords de la mer Noire, qui furent sous l'ère soviétique un lieu de villégiature prisé, jusqu’aux villages les plus reculés, pour y découvrir, entre autres, le secret de la longévité. « Ça n’est pas le yaourt, nous dit l’un des personnages du livre, c’est le fait d’avoir trois cœurs : un pour aimer les gens, un pour s’aimer soi-même et un pour aimer les montagnes. »

Des dictons comme celui-ci, des éclats d’humanité, des récits édifiants, Lisière en est truffés. Grouillant de personnages hauts en couleurs, de mythes fantastiques, d'anecdotes rocambolesques, le livre est une révélation, une bouffée de dépaysement qui nous fait voir l'Europe, notre Europe, d'un œil neuf.

LA GUERRE EST UNE RUSE
par (Libraire)
23 mai 2020

Nid de serpents

S'il est un moment historique peu connu, ce sont bien les années 90 en Algérie. Plongé dans une tourmente politique qui deviendra meurtrière, le pays, à cette époque, disparaît des radars médiatiques européens, occupés à compter les casques bleus envoyés dans une Yougoslavie déchirée. Il faudra l'attentat de la gare RER St Michel pour que la France commence à se demander ce qu'est ce mystérieux GIA, Groupe islamique armé, qui s'en prend à ses citoyens.

Avec ce livre, Frédéric Paulin remet les pendules à l'heure et promis, après la lecture de ce thriller d'espionnage, vous aurez tout compris sur les enjeux de ces années charnières.
A la fois extrêmement documenté et d'une narration très fluide, Paulin réussit à imbriquer des intrigues à suspens tout en expliquant de manière limpide ce qui se tramait dans les cabinets noirs sur chaque rive de la Méditerranée.
C'est un roman explosif, haletant, puissant, qui n'hésite pas à prendre parti et asséner que l'horreur terroriste que l'Europe connaît dans les années 2010 ne vient pas de nulle part.

Une république lumineuse
18,00
par (Libraire)
20 mai 2020

Terreurs enfantines

Les enfants ont ceci d'inquiétant qu'ils ne sont pas de notre monde. Parce qu'ils n'ont pas encore appris à les ignorer, ils voient des choses que nous ne voyons pas. Ils comprennent des mystères que nous avons renoncé à percer. Quand ils nous ne le font remarquer, nous nous extasions ou bien prenons peur.
Cet écart entre notre réel et le leur est la substance de ce roman exceptionnel, construit autour d'un fait divers fictif, survenu au milieu des années 90, au Brésil, suppose-t-on.

Le narrateur, employé municipal de la ville de San Cristobal, raconte, des années plus tard, ce qu'il a vu, et à quel point cette histoire continue de le hanter.
Des enfants donc, sortis de la jungle, des égouts ou bien de nos propres maisons, ont commencé à frayer en bandes. Sauvages, libres, incompréhensibles, et par conséquent dangereux. Invisible aux yeux des citoyens, comme le sont les sans-abris, ou les immigrés, la horde a enflé, pour qu'on la remarque, pour qu'il ne soit plus possible de faire sans elle, pour qu'en définitive, la confrontation ait lieu.

Le lecteur découvre cette fable terrifiante et bouleversante par le récit d'un homme qui a déjà fait le bilan de l'expérience, qui est déjà loin de la panique et de l'incompréhension de ces quelques semaines de peur. Cette tonalité dépassionnée et presque mélancolique du récit est l'une des belles trouvailles littéraires du roman car elle se permet le temps de l'analyse et tient à distance le sensationnel, le suspens, qui aurait pu parasiter l'infinité de réflexions que suscitent les faits, bruts, nus. Elle nous fait aussi comprendre à quel point la vie personnelle d'un observateur biaise son témoignage et le contamine.

Andrés Barba a cette intelligence littéraire de ne jamais aller du côté des chemins déjà parcourus. A aucun moment il ne sera question de Sa majesté des mouches ou d'un quelconque mythe de l'enfant féral. Ces gamins qui s'en prennent aux adultes de San Cristobal, au contraire, sont un produit de l'urbanité, la face négative de la civilisation, surgie pour la questionner, jusqu'au harcèlement, jusqu'à l'agression. Gratuite ? C'est toute la question du roman, sans réponse, que de savoir qui, de l'agresseur et de la victime, est le vrai coupable. L'enfant qui mord, ou l'adulte qui lui serre le bras ?
Après toutes ces années, notre narrateur est toujours incapable de le déterminer et nous laisse, nous lecteurs, avec le même désarroi, la même inquiétude muette. Qu'offre-t-on à nos enfants ?