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Grégoire C.

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Croire aux fauves
par (Libraire)
26 octobre 2019

Baiser sanglant

Se faire attaquer par un ours, c'est rare. Y survivre, encore plus.
Dans Croire aux fauves, l'anthropologue Nastassja Martin raconte cette rencontre, ce baiser sanglant qu'elle a subi dans les montagnes du Kamtchatka. Rencontre ? Baiser ? Attaque ? Si on ne sait pas trop comment qualifier cet événement, c'est que ce livre nous prend à contre-pied. Alors que les tables des libraires croulent sous les témoignages post-traumatiques de victimes d'accidents, de maladies, d'attentat, Nastassja Martin nous fait le récit d'une naissance, d'une révélation. Ce monde n'est pas celui des humains. Il est celui des bêtes, dont nous sommes, celui des esprits qui dialoguent et fusionnent. C'est un livre chamanique, souvent bouleversant, souvent drôle dans le décalage frappant entre un corps médical largué, des proches hébétés, et la sérénité de miedka, celle qui est "marquée par l'ours" et "qui vit désormais entre les deux mondes". Nastassja Martin est précise, limpide, si bien qu'à la fin de votre lecture, ça ne fait aucun doute, vous aussi, vous croirez aux fauves.

Blues pour trois tombes et un fantôme
par (Libraire)
24 septembre 2019

Chorus

C’est comme un album. Dix chapitres comme dix titres qui fileraient le même thème. La mélodie est connue, elle s’appelle Liège et l’interprète va mettre tout son talent, toute sa virtuosité, pour vous la faire entendre d’une autre oreille.

C’est comme un album, c’est comme un hommage, iconoclaste et amoureux, dépité et admiratif, comme la tentative de lire sa ville autrement que dans un livre d’histoire. Pourquoi pas en commençant par ses cimetières ? C’est qu’il sera beaucoup question de tombes ici. Mais pas pour pleurer, ni pour regretter le temps jadis, mais pour faire surgir sur le papier des noms qui s’effaçaient sur la pierre : les grands musiciens qui ont vécu là et dont tout le monde se fout aujourd’hui, les Liégeois qui ont compté dans le grand film de l’Histoire, et surtout, oui surtout, ceux qu’on avait déjà oubliés de leur vivant, les Italiens, les Polonais, les ouvriers, le sang rampant d’une ville qui ne serait rien sans eux.

En déambulant dans ses terrains vagues, dans ses zones industrielles, prenant le lecteur par la main pour lui montrer ce qui se cache dans les ruelles sombres et les interstices entre les longs bâtiments désaffectés, notre ancien confrère, fondateur de la librairie Livre aux trésors, à Liège précisément, se fait guide anarchiste. Comme son copain Goldo, qui pose son appareil photo au plus près du sol, et aime à photographier les humains plutôt que les rangées de vélos, il nous montre qu’une cité c’est d’abord une communauté d’hommes et de femmes dont aucun ne se tient plus haut que l’autre.

Ça en a déjà le titre. Blues pour trois tombes et un fantôme, c’est bel et bien comme un album, un album de papier, duquel s’échappent de bouleversantes mélopées. C’est le cri des ouvriers sacrifiés, le rire des soiffards noctambules, le ronronnement des péniches sur la Meuse et, si on prête bien l’oreille, c’est un blues désespéré de Chet Baker. Comme Howard Zinn l’avait fait avec ses Etats-Unis, c’est ni plus ni moins qu’une histoire populaire de Liège que Philippe Marczewski nous a racontée.

La Fracture
23,90
par (Libraire)
26 août 2019

Où étais-tu passé ?

C'est un livre qui va vous aimanter dès la première page, vous balloter au gré de ses passionnants retournements, vous emmener chaque fois là où vous ne pensiez pas aller. Ça aurait pu être un thriller ou un livre fantastique, mais quand vous l'aurez refermé, vous réaliserez que c'était aussi un grand drame psychologique, la bouleversante histoire d'une sœur qui se débat avec sa mémoire, d'un père dévoré par l'amour, de personnages aux vies fracturées.

C'est un grand livre sur la trajectoire que prend notre vie et la force qu'il faut pour l'infléchir, un livre sur la confiance aussi, sur ce qu'il faut d'aveuglement et de renoncement pour faire en sorte d'être heureux avec les autres.
Plein de suspens et de beauté, de moments de contemplation et de stupéfiantes accélérations, la Fracture est un cauchemar de libraire : il ne se range dans aucun rayon, ou bien dans quatre ou cinq à la fois. Pour notre part, on se contentera de le mettre bien en évidence sur la table des livres qu'on adore. Tout simplement.

De pierre et d'os
par (Libraire)
24 août 2019

Sous la glace

C'est de la magie qui sort de ce livre.
Le monde que vous connaissiez, il va falloir le repenser. Imaginer que des géants dorment sous la terre, que des esprits susceptibles flottent autour de nous et n'aiment pas qu'on les dérange, que la glace peut céder, d'un moment à l'autre, et nous séparer de ceux qu'on aime, que le plus grand des dangers, enfin, ne vient peut-être pas de tout ça, de l'environnement violent et des dieux invisibles, mais des êtres humains eux-mêmes, plus animaux que les animaux, et dont il faudra aussi se méfier.

Dans ce paysage blanc, on suit avec admiration et terreur le parcours acharné d'Uqsuralik, cette héroïne Inuit aux prises avec un destin revêche et une nature hostile.
Le plus beau ici, c'est sans conteste la manière avec laquelle Bérengère Cournut modifie notre référentiel pour nous faire accepter, comme les personnages animistes du livre, que tout a un sens, loin de la science et des appareils, qu'il y a bien des sortilèges dans des statuettes, que les animaux sont les instruments de quelque chose de plus grand, et que tout ça s'imbrique parfaitement dans l'ordre du monde.
"De pierre et d'os" vous transporte, vous bouleverse, et construit une oeuvre qu'il est impossible de limiter à un banal "roman ethnologique".

OUVRIR SON COEUR
19,00
par (Libraire)
24 août 2019

Dans le détail

C'est l'une des merveilles de cette rentrée, le récit sensible et acéré d'une enfance, d'une adolescence en marge, la parole intime d'une jeune fille qui cherche sa place dans le monde, qui cherche à comprendre comment elle voit le monde et comment le monde la voit.

En courts chapitres tissés de confessions et de doutes, Alexie Morin dépeint les années décisives de son existence, l'école, les boulots d'été, les blessures qui ont fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui. "Ouvrir son cœur" parle de cette difficulté à écrire sur sa propre vie, et évidemment, en filigrane, de la difficulté à dire notre propre vie, à nous la représenter entièrement, en dépit de notre mémoire morcelée en milliers d'épisodes parfois insignifiants.
Livre d'un personnage, c'est aussi le livre d'une époque, les années 90, fourmillant de détails, comme si l'autrice avait eu à cœur de récupérer tout au fond d'elle, de peur qu'ils ne disparaissent, le moindre vêtement, le moindre appareil, la moindre sensation d'autrefois, comme s'il fallait aussi brosser le tableau le plus complet possible afin qu'il se rapproche de la vérité, ajouter des ombres, redessiner les courbes des jours, de la même manière que la jeune Alexie travaille ses dessins sur les bancs de l'école.
"Ouvrir son cœur", finement, subtilement, raconte tout cela et bien plus : l'amitié d'abord, ce fil fragile et invisible qui unit les enfants et peut se rompre à tout moment ; la colère aussi, qui saisit la narratrice quand l'injustice lui pèse trop ; l'art enfin, les livres, le dessin, la musique, le panthéon adolescent dont on ne mesure pas à quel point il nous construit.
C'est un récit vrai, un concentré de vie distillé par une voix d'une grande justesse, un roman à côté duquel vous ne devez pas passer.